Archives mensuelles : août 2020

Airelle x Zaromatt : Saison 1

L’illustratrice Zaromatt et moi-même menions un petit jeu créatif : simultanément nous nous envoyons un texte et une illustration, et nous donnons quelques jours pour apporter notre propre inspiration au contenu initial. Le tout sans se concerter, pour créer plus librement. Si je n’ai pas obtenu son accord pour les illustrations, restent les textes… et votre imagination.

Épisode 1

L’inspectrice McFish arriva rapidement sur les lieux du braquage. Hivernale, la rue offrait un décor blafard et dépouillé, et on n’y voyait pas à deux mètres ; pourtant, tous reconnurent la fourrure fatiguée de la jeune enquêtrice. Mal rembourré, le vêtement lui donnait une allure musculeuse et compacte qui confinait à l’absurde, à mille lieux de sa chétivité. Elle essuya en toute logique quelques remarques gaillardes lorsqu’elle intégra le commissariat, mais elle s’en cognait, tout comme elle cognait quiconque se mettait entre elle et la vérité. Cette détermination ne reposait évidemment pas sur la seule force brute ; McFish privilégiait toujours l’observation aux fusillades, arguant qu’elle détestait le gruyère. A contrario, elle ne sortait jamais sans une loupe ; elle en faisait collection depuis toute petite, comme autant de miroirs à main dirigés vers la réalité. Pour chaque enquête, une nouvelle loupe ; l’instrument avait beau ne servir que rarement, il faisait toujours son petit effet.

“Lieutenante.
– Agent Ludwig. Le commissariat évoquait un vol avec effraction.
– Oui, oui, une petite épicerie, avec un modus operandi qui va vous plaire : ils n’ont volé que des légumineuses. Lentilles, pois, fèves… ils ont même récupéré les flageolets dans les boîtes de cassoulet ! À force de répéter “cinq fruits et légumes par jour” à la télé, ça nous pendait au nez des conneries pareilles. Et vous vous doutez bien que le temps qu’on arrive, ils avaient mis les gaz…
– En plein hiver, votre langage fleuri fait désordre. Des indices ?
– Les braqueurs ne se sont pas arrêtés là cheffe, y a toute une mise en scène là-dedans. Ils ont gavé de la poiscaille avec des haricots rouges avant de suspendre le tout avec des ficelles. Quand vous rentrez dans la supérette, les poissons rebondissent les uns sur les autres… Ca donne un bruit si flasque, à en faire chialer Captain Igloo.
– Un grand sentimental, lui aussi. Occupez-vous des badauds, je vais inspecter les lieux.”

Depuis le passage de Ludwig, une curieuse réaction chimique avait rendu translucide la peau des pauvres bestioles, accentuant le surréalisme de la scène. Nombre de délinquants et criminels aimaient laisser une trace, mais ils ne se donnaient généralement pas cette peine. Comme pour mieux réfléchir, McFish s’était placée au centre de ce curieux carrousel, fixant tour à tour et non sans strabisme chaque poisson dont la virevolte laissait quelquefois éructer un ou deux haricots. Dehors, la tempête avait cessé pour laisser place à une lumière blanche, qui se reflétait dans la loupe attentive de la policière. Elle n’avait ni mobile, ni chemise, ni suspect, mais elle savait que quelqu’un paierait pour tout ce micmac : foi de McFish !

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Épisode 2

Si dehors, la végétation arbore de belles tâches de rousseur, dedans, c’est la maison tout entière qui déjà hiberne, à grand renfort de couvertures et d’emmitouflements. Chacun fait ce qui lui plaid ! Dans l’immobilité, il est une présence qui toutefois préfère la quiétude ascétique du guet. Le cul fondu sur le radiateur, son regard vert et noir fixe d’une vigilance implacable par-delà les vitres. Pourtant le calme n’est qu’apparent : il ne suffira d’ailleurs que de quelques minutes pour que le guetteur se laisse aller à la fébrilité, avant de finalement embrasser la frénésie : est-ce la cime d’un arbre qui aurait frémi une fois de trop ? Sont-ce les branches que le vent n’agite pas comme il faut ? Malgré les motifs ambre et almandin du jardin, le plus vif éclat se trouve désormais dans les orbites du chat : ses coussinets tapotent rageusement le verre, comme un prospecteur apercevant une belle pépite. Cette agitation tire de leur engourdissement quelques êtres, qui réalise non sans malice la raison de tout ce pataquès : un nid, caressé par la lumière, autour duquel volettent deux poids plumes. Autour d’une solide structure, l’ouvrage se construit brindille après brindille, comme autant d’emprunts aux environs. Mais de tout cela, le chat n’en a cure : il pense à son évasion spectaculaire de la maison, déjouant tous les pronostics, il songe à la glorieuse chasse qui s’ensuivra… Il s’enivre d’une prédation qu’il n’a jusqu’alors appliquée qu’aux mouches de passage. Mais ! le plan est sévèrement compromis par le tintement métallique d’une gamelle qui se remplit. La bête, déboussolée, avorte ses rêves de conquête pour une terre déjà acquise. À son retour, les oiseaux auront perdu tout intérêt : une fois repu, il est en effet bien plus facile de digérer ses échecs !

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Épisode 3

Il était une fois un monstre, avec des dents en toc, et qui mit le zbeul à Majorque. D’aucuns pensent que c’est à n’y rien comprendre, alors qu’il suffit juste de se rappeler comment tout cela a commencé.

Tout commença au sortir d’une crique nudiste où nous le découvrîmes. La créature ne faisait montre d’aucune hostilité, n’était pas vraiment laide, peinait à terrifier… nous en déduisîmes rapidement qu’elle était en congés, et que les acquis sociaux valaient pour tout le monde. Il lui fut proposé de la raccompagner au village vacances, ce que le monstre sembla accepter. Nous le surnommâmes “Bilibou”, puisque c’est ce qui était marqué sur sa casquette.

Sur le chemin, nous peinions à brosser un portrait de la bestiole, tant elle ne ressemblait à rien. Nous devinions ses dimensions – cinq mètres de hauteur pour quatre de largeur – mais pour le reste… Les plumes se disputaient aux touffes de fourrure, les écailles aux cornes, personne n’osait le toucher. Bien que nous ayions rapidement établi que Bilibou marchait sur des pattes, nous n’arrivions toujours pas à nous mettre d’accord sur leur nombre exact. De cette masse compacte et bigarrée, seuls de grands yeux pensifs surnageaient.

Lorsque nous fûmes en vue des installations, le monstre s’agita. Il fit montre d’une célérité inouïe, qui le conduisit directement en pleine séance d’aquabike. De là, il découvrit sa mâchoire édentée et fit mine de happer tout ce qui passait à sa portée. Le public, d’abord un peu surpris, finit par éclater de rire. Il croyait à une bête animation et un costume un peu couillon, d’autant plus que la bête avait dévoilé une langue télescopique qui chatouillait les ménagères. Bilibou, vexé, finit par sortir de l’eau et récupéra la clef de son bungalow. Il y resta une petite heure, le temps pour les moniteurs de terminer la session.

Lorsqu’il revint vers nous, le colosse s’était fabriqué un semblant de dentition avec des bouts de carton. Bilibou n’eut pas un regard pour l’assistance lorsqu’il se dirigea mollement vers le buffet à volonté. Incapable de croquer qui ou quoi que ce soit, il essayait de garder la tête haute ; ainsi sirota-t-il le guacamole, le tzatziki, puis à peu près toutes les sauces qui se trouvaient là. Il s’attaqua ensuite aux nombreux bols de punch, qui l’éméchèrent ; de là, il mit un point d’honneur à fracasser toutes les bouteilles pour en laper le contenu, avec une préférence évidente pour les mixtures un peu chargées. Face au tohu-bohu naissant, quelques employés s’approchèrent pour le raisonner, mais furent rapidement éjectés. Le cuisinier se voulut philosophe et rassurant, et proposa aux estivaux de festoyer dans le restaurant le temps que le monstre dégrise. Mauvais joueur et triste sire, ce dernier fit volte-face et fonça dans la bâtisse ; l’onde de choc mit tout sans dessus dessous, à commencer par le pauvre cuistot. Les gens criaient, glissaient sur de la marinade, éternuaient… Lorsque le nuage de poussière se dissipa, Bilibou avait disparu et la piscine ne sentait plus le chlore. On remonta facilement sa piste jusqu’à la crique ; une roche nue et collante faisait désormais office de plage, et quelques dents cartonnées jonchaient le rivage.

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Épisode 4

« Hans, je crois que le marketing n’est plus ma tasse de thé.
– Mais enfin patron, pourquoi dites-vous ça ?
– Les chiffres ne sont pas bons, et nous-mêmes n’avons pas excellé depuis quelques années. Il serait plus sage de passer la main.
– Je reconnais, M. Toadson, que la conjoncture ne nous est pas favorable, mais de là à ouvrir les cuisses…. Vous souvenez-vous de la grande époque ?
– Comme si c’était théière.
– Vous aviez des idées, une vision. Nous devions conquérir de nouveaux marchés, afin d’embrasser la pop-culture… Kermit, Trevor, le roi Harold, Tiana et Naveen : à chaque fois, nous avons fait mouche ! Aujourd’hui, les pluies de grenouille semblent si loin.
– Crazy Frog restera tout de même une erreur de parcours.
– Mais rentable ! et songez à notre incursion réussie dans le jeu politique.
– “Coasse-toi pauvre con” ? Aha, quelle insolence… Remarque, avec les Français nous pouvions nous le permettre.
– Nous devons avoir confiance en l’avenir M. Toadson, car nous n’avons qu’un mantra : “Tout est bien qui amphibien” !
– Il est vrai, Hans. Merci pour votre discours corporate, c’est apprécié. Vous m’avez redonné la gnaque ! Mieux vaut tétard que jamais, je suppose.
– Oh, comme je vous retrouve ! C’est crapaud pour être vrai…
– Reprenez-vous, nous avons du travail devant nous. Il faut réunir toute l’équipe ! Préparez-moi un Powerpoint, il est temps de faire la nique aux lolcats.
– Oh oui, jouons-la spécistes ! Quelle sera notre accroche ?…
– “Rois d’internet, craignez les rainettes” ! »

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Épisode 5

Ils sont là-haut, ailleurs, elle et lui et leur candeur. Peu leur chaut le retard du métropolitain, puisqu’ils sont exactement là où ils sont censés être. Depuis ma valise, je devise : peut-être se sont-ils retrouvés, après une longue période ? ou bien il s’agit de quelque chose qui commence, dans une promesse éblouissante. J’aimerais que la scène fasse l’unanimité, en vain : c’est la fin de journée pour les autres usagers, et bien des grognons n’ont que faire de cet instant volé… pire, ils atténuent le tendre spectacle de leur connivente goguenardise. Pauvre microsociété, vautrée dans sa petitesse… à croire qu’elle-même a oublié comment les sentiments peuvent nous percuter, sans crier gare. Mais elle et lui, si vulnérables et invincibles, aussi anonymes que machin et machine, ne nous observent pas en retour. Mieux, ils descendent de la rame et s’en éloignent, à la recherche d’un autre chemin que celui du train-train quotidien. Lorsque la circulation reprend, nous n’existons déjà plus.

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Épisode 6

Très tôt, Archie sut qu’il voulait être alchimiste. Il mit cependant plus de temps avant de découvrir qu’il n’avait pas ce talent… en fait, il était juste optimiste : malgré les redoublements constants et les moqueries de ses pairs, il s’entêtait, confiant, au grand dam de ses parents. Ceux-ci passaient d’ailleurs leurs journées à transmuter le plomb en or pour couvrir les dépenses – et les dégâts – d’Archie. En effet, à force de foirer ses formules, le bonhomme avait progressivement conduit à la rénovation de toute l’aile Est de la faculté ; la patience du corps enseignant avait désormais atteint ses limites, et il avait été unanimement décidé de le dégager.

La nouvelle secoua Archie, et il resta songeur quand on lui suggéra de devenir prof de physique-chimie. Non, vraiment, il devait les détromper ! Il réunit rapidement les détracteurs et quelques ingrédients dans une salle voisine, puis débuta une savante démonstration : il allait, devant eux, changer la confiture en eau ! Tout absorbé qu’il était, il ne répondit pas aux gens qui questionnaient les applications ; seuls comptaient ses fioles, ses flacons et la bonne articulation des incantations… Les plus érudits reconnurent parmi les composants de la poudre d’aisselle de dragonnet, du chêne liquide, de la sauge, du jus d’astéroïde ou encore de la confiture d’abricot. La mixture était inédite, et le doute commença à s’emparer de l’assistance : allait-il réussir à prendre sa revanche ? Advenait alors le moment le plus délicat de l’expérience, soit enclencher la transmutation via le talisman alchimique. Il immergea le catalyseur dans la substance ; une, deux, trois secondes flottèrent dans l’air, puis, soudain ! le bouillon de la matière, l’incandescence élémentaire ! Une gélatine azurée apparaissait, au gré des “oh !” et des “hein ?” du public galvanisé. Archie, impérial, poursuivait le processus afin que tout ceci prenne un aspect aqueux ; de facto il ne vit pas arriver le cantinier, vraisemblablement contrarié, qui hurlait “MA CONFIOTE” en fonçant vers le chapardeur. Cette bousculade, qui interrompit la transmutation, permit au moins de vérifier que le pot ne contenait pas exactement de l’eau.

L’explosion vitrifia l’aile Ouest. De grands esprits ainsi qu’Archie périrent instantanément ce jour-là, tandis qu’une odeur abricotée se répandait dans la faculté, ce pour plusieurs semaines.

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Épisode 7

Nous sommes en avril, et Delphine a le quotidien balourd : les dettes, les traites, les coups, les horaires, les remarques sur son corps et dans sa tête… Sa réalité la secoue, jour après jour, tant et si bien qu’elle n’a plus les idées nettes. Blessée, apeurée, elle n’envisage pourtant pas de fuir : qu’irait-elle donc faire dans ce lointain si vague ? Au moins ici a-t-elle ses repères, sa routine ; et puis ce n’est pas son mari Philippin qui étendrait la prochaine machine… “Je mettrai les voiles plus tard”, finit-elle souvent par murmurer, quand les larmes submergent sa dignité.

Un récent matin, Delphine décide de fermer les yeux encore un peu. Frigorifiée, elle se concentre sur la chaleur de son corps, en vain. Tout au plus ressent-elle une vague sensation qui parcourt sa chair. Elle se concentre, et finit par visualiser une drôle de cordelette qui l’enrubanne… la jeune femme sent immédiatement une connexion infinie avec ce lien : cette matière usée, détricotée, qui n’a su s’enrouler nulle part ailleurs et qui l’entrave tant aujourd’hui… elle qui avait perdu le fil de sa vie, dans quel état elle le retrouve ! Cette révélation assombrit le regard de Delphine, mais c’est une résolution nouvelle qui apparaît lorsqu’elle relève la tête. Une danse patiente s’engage alors, où elle dénoue et désentortille tant et tant de choses dans une chorégraphie chaloupée. Une fois celle-ci achevée, Delphine se lève enfin ; ses beaux chapeaux claquent comme une cape, et il est temps de faire un peu de ménage.

La machine à laver traverse la vitre puis le vide, avant de s’écraser sur la voiture de Philippin. Le bonhomme sort à reculons de l’appartement de Delphine, l’amadoue puis la menace, avant de brusquement trébucher ; il fait mine de lever la main sur elle mais se ravise, désarçonnée par sa présence. Puissante, nue, cette dernière contemple la déchéance et la médiocrité de son bourreau. Si petit, si ignoble, et déjà si loin… aussi, d’une voix posée, ne lui répond-elle qu’une seule chose :

“File.”

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Épisode 8

J’aime bien l’homophonie. Deux mots à la prononciation identique mais aux sens bien distincts, allez savoir pourquoi, ça me réjouit. D’ailleurs, quand vient décembre et que je sillonne les rayons des supermarchés – qui se figurent une idée fort particulière de l’esprit de Noël mais là n’est pas le sujet -, deux de mes homophones favoris sont irrémédiablement de la partie. Tout (re)commence avec les calendriers de l’Avent, qui ont le don de me décocher un sourire. Certes, j’en apprécie le principe – et celui des sourires aussi -, mais la langue est une succulence qui perdure bien plus souvent dans le palais de mes idées. Vous ne serez donc guère surpris quand je me prends à imaginer un “calendrier de l’Avant”. Avant quoi, exactement ? Eh bien, chacun a sa vision du temps, son propre rapport identitaire. Par exemple, avec ma mémoire émiettée, comme j’aimerais que derrière chaque petit carré cartonné se cache un souvenir oublié ! une anecdote, un moment-phare, seul comme à plusieurs… Avouez que la période se prêterait à pareille gourmandise, non ? quelque chose d’oscillant entre le sucré et l’amer, à la saveur si familière… L’occasion pour chacun et chacune de refaire l’expérience de leur existence, et je l’espère de réaliser la richesse intrinsèque de ces moments mis bout à bout et que l’on appelle vie.

À bientôt, pour une nouvelle homophonie. 

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Épisode 9

Déjà décembre
Les villes revêtent leurs parures
Histoire de tromper l’ennui.

Depuis la chambre
Que penser de ces tristes dorures
Dérobant le charme des nuits ?

Aux lueurs je pense
Si vives et qui courent
Le long des imaginaires,

Alors que seul danse
Aux douze carrefours
L’éclat des feux rouges-verts.

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Épisode 10

Isidore est un poltron. C’est peut-être pour ça qu’il apprécie tant les pigeons : eux aussi sursautent, s’envolent même, à la moindre occasion. Mais la peur n’est pas une fin en soi, et le petit garçon estime qu’il faut se serrer les coudes ici-bas ; voilà pourquoi chaque matin il grimpe jusqu’au toit retrouver les volatiles. Il voudrait se rendre utile, mais l’accueil est farouche : pas touche ! Isidore ne se démonte pas, il dispose un peu de graines dans un bol, vérifie l’état des nids. Il a remonté la semaine passée quelques branches et de la paille, et cela a payé : d’inédits pigeonneaux pépient, impatients et engourdis. Autant de nouveaux amis, dont Isidore partage déjà un peu la vie. Il ne peut le faire avec le monde, pour des raisons qu’il ne s’explique pas encore. Alors il les regarde, s’attarde sur chacun d’eux, dans le plus grand des calmes. Les minutes passent, puis les heures. Ce sont les vacances d’hiver, ce n’est pas comme s’il y avait grand-chose à faire… Isidore finit par somnoler, il s’oublie, petit à petit. Quand il revient à lui, la volaille s’est rapprochée : on l’entoure et on le veille, certains ont même partagé son sommeil.

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Épisode 11

Quand le monde m’exaspère, le petit bonhomme passe au vert et je rêve que j’ai une sapinière. Car, des branches aux ramilles, le sapin est un arbre qui fleure bon le tranquille. Comme si les soucis nous abandonnaient, sitôt franchie l’orée de la forêt ; comme si une écorce nouvelle nous ceignait, au détour d’une croisée… Là-bas, il n’est de son plus doux que l’appel au voyage, de bruit plus moelleux qu’un pas sur la mousse. J’y deviens ce que je ressens, enfin éphémère et pour toujours différent. Quelquefois même quelque chose éclot et subsiste au-delà de la rêverie, à l’instar de ces petits cailloux qui, au cours des promenades, glissent sans jamais disparaître.

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Épisode 12

Amorçant cette décennie deux mille vingt
Minuit et les coupes de champagne qui tintent,
Accompagnant de brefs entrechocs cristallins
L’oubli immédiat d’une autre année éteinte.

Advient alors un éternuement de souhaits
Ces vœux aux formules trop souvent galvaudées,
Où l’espoir fait hélas office de jouet
Que la réalité va bien vite échauder.

Naïf, le rite garde une part de superbe
Tant ils sont rares ces moments d’expression
Alors ne nous concentrons pas sur le seul verbe
Cela semble une bonne résolution.

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Épisode 13

Macaroni est fort et courageux, c’est un chaton comme pas deux. Déjà, il a été recueilli et élevé par des écureuils. Histoire d’éviter les dramas, ils le font carburer depuis tout bébé aux noisettes et aux baies. Du coup, maintenant que le p’tit l’est moins p’tit, vas-y que j’tiens tête aux renardeaux, vas-y que j’te répare les ailes des mésanges… Bref le chaton, l’écureuillon, y fait de son mieux, et en soi on lui reproche rien, mais des fois… ben le pépère il galère. À croire qu’y a pas la lumière à tous les branchages ! paraîtrait qui s’rait accro à la mâche… et pis quoi encore ? on sait tous que c’est des salades, y a un truc plus profond. Tenez, prenez son chez-soi en bûches : ça oscille entre le nid, la hutte et la ruine, soit disant pour des raisons “d’aération”. La belle affaire ! Vous auriez vu les castors, ils étaient a-tté-rés ! même qu’ils lui ont proposé de lui refaire toute la charpente et la déco. Mais, le Macaroni, l’a décliné poliment parce qu’il avait commencé à planter des arbustes dans son jardin et qui voulait pô qu’tous ces travaux déracinent ses efforts. Pour nous aut’ les gens de la forêt, la sylviculture c’est un peu abstrait, alors on lui a d’mandé c’qu’il voulait faire pousser ?

“‘Carpinus betulus’ : du charme commun, pour que vous m’aimiez bien.”

Depuis, plus personne fait de remarques à Macaroni. Personne en a plus rien à fichtre de ce qu’il a dans la tête, le petit, puisque tout le monde sait désormais qu’il a une grosse framboise à la place du cœur.

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Épisode 14

En ce soleil d’hiver, Farid n’a toujours pas de sultanat. Il ne dispose que de rares cartes aux illustres figures. C’est bien peu pour bâtir un château, seule l’esquisse de quelques tours et remparts lui est ainsi permise. Le timide édifice, encore en construction, a pour domaine la surface du banc sur laquelle prend appui le suzerain. Avec patience, Farid dévoile son jeu et ses atouts. Il peut notamment se réjouir d’avoir déjà trouvé son champion, celui qui le représentera et le protègera dans ce drôle de monde : Zef, dit “le bâtard”. Majestueuse de paresse, la bête menace par ses bâillements quiconque menacerait la tranquillité de leur fief. Hélas, le vent ne l’entend pas de cette oreille… d’un sifflotis il s’empare du bastion, laissant Farid se tourner, non sans mélancolie, vers d’autres occupations.

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Épisode 15

Comme chaque matin, Gauthier prend place dans son atelier et s’asseoit après quelques boitements. Quelques-uns de ses oiseaux l’y ont précédé, piaffant inutilement leur impatience : en effet, Gauthier est aussi sourd que les pots qu’il fabrique. Cela a toujours été ainsi, et il a fini par prendre le pli. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours facile, mais le vieil homme n’a jamais connu que sa propre mélodie. Alors il prend soin de ses autres sens : il lit souvent, jardine un peu et mange beaucoup. Mais ce que Gauthier préfère par-dessus tout, c’est son métier. Avec la sieste, c’est le seul moment où il s’autorise à fermer les yeux, pour laisser ses mains seules avec l’argile.

Posée sur la tournette, la matière reconnaît l’homme : cela fait des années qu’ils se modèlent l’un l’autre. Le potier l’hydrate et la caresse, avec ses doux gestes. Il veut lui donner une silhouette, une contenance… Ce vase sera pour sa petite-fille, qui s’inquiète si souvent quand ils se voient ; ainsi pourra-t-elle y déposer ses soucis ou d’autres fleurs.

Les “cui-cui” restent cois, et l’on n’entend que Gauthier dans l’atelier. Il leur fait l’effet d’un colosse… un colosse au pied d’argile.

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Épisode 16

Bonjour, je m’présente : Agathe, fine feuille de papier dans un monde qui m’chiffonne. Ma mère, fille d’annuaire, mariée depuis 37 ans à un agenda, ne cesse de me présenter de bons partis qui prendraient “soin” de moi… Et qu’est-ce que ça me prend l’en-têêêêête ! Oh, on en a vu défiler du monde : des pochettes plastiques, des cadres… une fois, j’ai carrément éconduit un classeur ! il faut dire que ce malade s’était pointé avec une trouilloteuse pour me courtiser. Mais je vous rassure, j’ai eu mes propres aventures : il y eu quelques trombones – le genre qui collectionnent les conquêtes, donc ça a rapidement été “niet” – ainsi qu’une imprimante décidée à c’que j’me plie à ses quatre volontés… et puis quoi encore ?! En fait, vous vous en doutez, j’ai déjà quelqu’un en vue : il s’agit de Manu, le papier alu’. D’accord, il est souvent déchiré, oké il vit dans un micro-onde, mais on est tous les deux au bout du rouleau et ça ça compte ! J’ai tellement hâte qu’il demande officiellement mon coin à mes parents, que je me barre de cette papeterie et que Manu et moi on ait plein de petits posts-its anticonformistes… Rien que d’en parler, j’en ai le bas-de-page qui frémit. Mais je parle, je parle, et j’en oublie mon taf de faire-part. Allez, à plus tard 😉

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Épisode 17

« L’erreur est humaine. »

Perdue dans ses pensées, la baleine Aline bulle. Elle décrit de lents va-et-vient, comme si elle sentait approcher la fin.

Elle suppose – et à raison – que ce n’était qu’une question de temps avant que le plastique ne devienne son contenant. Son corps meurtri évolue à présent dans une eau qui elle aussi pleure son océan. Toutes deux auraient bien besoin de vider leur sac.

Aline toutefois n’a pas peur d’être moins là, car c’est déjà un peu le cas. Alors elle se laisse bercer par le courant que ses nageoires ont initié, pense de moins en moins, jusqu’à ce que c’en soit fini du cétacé.

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Épisode 18

Jour sans écrit, qui n’eût le temps de rédiger ses mémoires,
Existes-tu encore, dans un quelconque corridor ?
Qui confirmera tes actions, tes dires ?

Pareil à une ancre sans bateau,
Les rives noires, à chaque ressac,
Se troublent un peu plus d’écume.

Tu rejoins sans un mot les autres journées qui,
Entretemps, embrassent l’oubli. Heureuses
Comme malheureuses, nulle évocation ne les
Attend, si ce n’est l’anonyme mélancolie.

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Épisode 19

La grand-mère prend son temps, elle arrive progressivement. La canne a beau désarticuler son allure, la mécanique fonctionne encore. Cette marche l’apaise, elle s’oublie dans ce mouvement qui ne pourrait connaître aucune fin. Mais des gens l’aiguillent, jusqu’à ce qu’elle s’arrête, dans un désuet désappointement.

Face à elle, des gens, des quidams, des visages pourtant si prévenants ; il lui semble reconnaître l’une de ses enfants, mais pour le reste… Qu’importe, on ne la laisse pas douter : on l’emmène, l’interpelle, alors qu’elle n’écoute plus et entend à peine. Entre deux bontés ouatées, une assiette lui est proposée, qu’elle dédaigne poliment. Elle ne veut pas jouer les ingrates, alors elle décide de monologuer. Elle évoque un ou deux souvenirs, surprenant sa mémoire ; quelques anecdotes de plus se greffent à l’ensemble. À force, elle reconstitue son être et forme, quelques minutes durant, un archipel.

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Épisode 20

« Mademoiselle madame bonjour, de quoi ça s’agit en cette nuit d’aujourd’hui ?
– Bonsoir monsieur l’ag…
– FFffRRAoHhHhh…
– Veuillez décaler la bête ci-jointe afin que le dialogue se poursuive, d’avance merci.
– Badi, laisse-moi parler avec le monsieur !
– RaaaArGll !
– Chuuut.
– Dois-je faire intervenir les services vétérinaires pour parer à toute éventualité impromptue ?
– Ce ne sera pas nécessaire, merci.
– De par l’aspect de la créature et ses pupilles dilatées, j’en déduis que vous venez de créer une chimère ?
– Heu oui.
– FriZplf.
– Mais vous constaterez qu’elle se porte bien !
– Hmmm, oui, nous verrons ça en temps et en heures supplémentaires. Quels êtres vous êtes-vous procuré pour procéder à la genèse ?
– Un lion, un dromadaire, une chèvre… et un lapin, pour les pupilles.
– N’y aurait-il pas un peu d’aigle pour les serres à l’avant ?
– MrAm MrAm !
– Monsieur est connaisseur ! Comme je me présente aux municipales, j’avais besoin d’une mascotte pour incarner mon slogan “il faut de tout pour faire un monde”.
– …
– …
– Les choses vont se compliquer pour vous.
– Si je ne me sens pas coupable, je ne suis pas coupable.
– Pili Pili Po
– Oh, Badi, ton premier étron ! Bienvenue dans la vie ! »

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Épisode 21

On réduit souvent la vue d’un paysage à un simple décor, une entièreté qui va de soi. Nous aurions pourtant tort d’oublier toutes les petites mains qui ont participé à sa confection, et notamment les frères Muda.

Albert, Hubert et Wilbert n’ont pas attendu que le monde soit créé pour aimer tricoter. Cependant, lorsqu’on leur a confié la responsabilité de la voûte céleste, ils ont revu leurs priorités. Bien que le monde soit encore jeune, il n’avait pas non plus toute la journée, aussi Albert et Wilbert firent place nette, tandis qu’Hubert se procurait de nombreuses pelottes d’étoile. Le maillage pouvait enfin débuter… Les premières heures de tricot n’eurent pour seule musique que le cliquetis des aiguilles, tant les frères s’appliquaient. Cette voûte allait rester en place un certain temps, on ne pouvait donc se permettre la moindre imperfection. Mais bientôt Albert et Hubert se mirent à chuchoter, rapidement rejoint par Wilbert : la laine venait à manquer ! Dans leur perfectionnisme, les frères avaient en effet consacré un peu trop de matière à certains endroits, laissant un coin d’univers en fâcheuse posture… or, les moutons stellaires ne pourraient être tondus avant le prochain Big Bang ! Imperturbables, les tricoteurs ôtèrent leurs bleus de travail, et créèrent de nouvelles pelotes pour compléter leur ouvrage… jusqu’à un nouveau dépit, alors qu’il étaient à un cheveu de réussir ! Et c’est ce qu’ils firent, hormis Albert qui déjà chauve se rabattit sur sa moustache.

On remercia chaleureusement les frères Muda, malgré ces quelques imperfections. Nul ne sait ce qu’ils sont devenus depuis, bien que certains politologues leur attribuent la paternité du drapeau européen. Après tout, un patchwork en vaut bien un autre…

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Épisode 22

Depuis qu’elle a une collerette, je trouve que ma chienne se prend la tête. Le moindre recoin semble avoir pris vie, et perturbe ses amples trajectoires. Mais la limière, loin de se débiner, racle, gratte, frotte, s’obstine et se bloque. Sauf que la hargne ne suffit pas toujours face aux obstacles, et il lui faut reculer. Sa croupe rentre alors en action ; elle se lance dans des créneaux chaloupés, à mi-chemin entre l’effeuillage et l’ébriété. L’arrière-train parcourt ainsi de longues distances, appréhendant son environnement d’un tout autre pendant. Mais la vie côté séant connaît aussi la lassitude, et je me doute qu’il lui tarde d’aller de l’avant. Dans le cas contraire, sa vocation est toute trouvée : lampe de chevet et réveil, combinés.

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Épisode 23

Un monde sans nous, ben mine de rien,
Ça fait quand même sacrément du bien.

À vrai dire nous n’y pensions plus
Déconcentrés, dans le présent complus,
Ah ! La réalité sans valeur autre
Qu’une existence flattée qui se vautre…

Mais aujourd’hui, place à notre ironie !
Au menu : clapiers et… macaronis !
Étrange société qui tient bon
À la seule force de ses rebonds.

En parallèle, la vie se poursuit,
N’a que faire du feu ni de la suie,
Loin de tous ces concepts et ces enjeux
Chers à l’Homme et son drôle de franc-jeu.

Pauvre urgence, qui a tant attendu,
Quitte à passer… pour un malentendu,
Méfions-nous de ce ton si moqueur
Avant de succomber aux haut-le-coeur.

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Épisode 24

“C’EST DU LARD OU DU COCHON ? NOPE, C’EST PIGGY BOATS© !”

PIGGY BOATS©, C’EST L’ASSURANCE D’UNE TRAVERSÉE PAS COMME LES AUTRES, AVEC UN PERSONNEL AUX PETITS OIGNONS…

DÈS VOTRE ARRIVÉE, BENEDICT CHEDDAR VOUS PRENDRA EN CHARGE. HÔTESSE ENTRE CORUSCANT ET L’ATLANTIDE DEPUIS DE NOMBREUSES ANNÉES, ELLE SAURA SATISFAIRE VOS BESOINS TOUT AU LONG DU VOYAGE.

CE SERA AUSSI L’OCCASION DE PASSER VOTRE BREVET DE PÉTANQUE AVEC STEPHEN EGGS, NOTRE MAÎTRE-NAGEUR SAUVETEUR ET – FAUT-IL LE RAPPELER ? – INVENTEUR DU NÉNUPHAR.

ENFIN, SI SA LIBIDO EST DISPONIBLE, VOUS DÎNEREZ AVEC LE CAPITAINE SOMERSET BACON. UNE RENCONTRE INOUBLIABLE ! ANCIEN COCHON TRUFFIER, IL VOUS AIDERA À TROUVER LA PAIX INTÉRIEURE AINSI QUE DE QUOI PAYER L’ADDITION.

// Piggy Boats© est garantie sans grippe porcine et respecte la liberté de culte. Rames non incluses. //

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Épisode 25

Nombreux sont ceux qui estiment le bon bol d’air frais ; moi-même il m’arrive d’en consommer. Dans un monde où la pollution grignote chaque jour un peu plus de terrain, sa dégustation prend une tout autre saveur. Mais je parle en urbain, méconnaissant la situation de milliards de mes contemporains. Il est forcément des palais, construits avec un goût distinct, connaissant leur propre épanouissement dans d’autres environnements. Une perspective qui mettrait presque mon imaginaire en appétit ! À quoi pourrait bien ressembler ces gens ? À nous, pardi ! Et que feraient-ils de leur récipient, si la symbiose avait tenu ? Je suppose qu’il leur serait utile pour bien des périls, pour lesquels nous ne pouvons qu’hypothétiser… M. Dahl et son nom allusif avaient su en leur temps proposer des pistes intéressantes ; nous pourrions spéculer sur des déclinaisons disons plus… fruitées ?

Voyez la scène : une humaine, de l’ordre du chasseur cueilleur, qui fait un bond civilisationnel en inventant le pneu-balançoire, le noeud coulant ET le bocal. Ayant de facto conquis les airs, elle peut alors survoler les coulis de fraise qui strient la plaine ; les crocholestérols pris au dépourvu, la jeune femme recueille sans peine de quoi tenir un goûter ou deux, avant de regagner la berge. Ah, quelle astuce, quelle vie ce seraient ! Puissent ces lieux et ces aventures exister, indépendamment de notre triste fonctionnement.

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Épisode 26

J’espère que le Soleil s’échauffe avant de débuter sa course, et qu’il prend bien ses astéroïdes. C’est qu’il a tant de choses à révéler, pour si peu de temps ! Heureusement, il a toujours été clair avec nous : les jours où il s’investit peu, aux nuages de faire illusion. Mais ne vous y trompez pas : il fait partie du système depuis belle lurette, et sa paresse ne s’avère qu’apparente. C’est un performeur, un danseur étoile qui s’applique à poursuivre son orbite, craignant de se voir un jour éclipsé. Il faut dire que l’astre possède un caractère nébuleux, oscillant entre la gravité de ses obligations et une âme de révolutionnaire. Souvent nous avons craint qu’il ne commette l’irréparable, notamment lors de sa phase Marvel où, stellaire de rien, il se découvrit une vocation de supernova ! Comme quoi, on peut être soleil et rester dans la lune…

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Épisode 27

Lorsque les transports péchaient, nous prenions le pissenlit. II nous suffisait, pour arriver à destination, d’un peu de vent et quelques poésies. Se diriger n’était pas si compliqué : nous bourrions nos sacs à lanières de petites graines, et jouions du contrepoids.

J’aimais ces moments, ils m’aidaient à prendre de la hauteur. Le temps de quelques aigrettes, mes compères et moi nous contions quelques salades. Ces répliques n’avaient pour autre saveur que celle d’entretenir une discussion rieuse, et elles fonctionnaient à merveille.

J’ignore quand nous avons cessé de voyager. Les pissenlits d’aujourd’hui sont plus courts, moins solides ; nous ne tiendrions plus dessus.

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Épisode 28

“Nous y sommes, Salomon : la plaine Puissance !… Tu as été une admirable monture tout au long de ce périple, compte sur moi pour te rendre ta liberté lorsque notre quête sera parachevée.
– Du moment que tu me retires cette selle, moi tout me va.
– Allons, tu sais que je déteste monter à cru. Et puis que se serait-il passé si nous avions croisé le fer ?
– Pourtant je ne vois ni lame ni pétoire à ta ceinture… ni même de ceinture d’ailleurs.
– Le courage est la seule arme dont j’ai besoin pour défaire mes ennemis. N’as-tu donc écouté aucun de mes récits, tandis que nous battions la campagne ?
– J’ai cru en effet comprendre que le chevalier Balézard avait une propension à perdre sa queue en même temps que ses combats, n’en déplaise aux courtisanes.
– De si longues oreilles, pour un cerveau à ce point raccourci, quel gâchis ! Ne souhaites-tu pas que je négocie quelques lapines pour toi auprès de la princesse Chocolat, une fois que nous l’aurons délivrée ?
– Pour cela, il faudrait déjà que vous accomplissiez cette rescousse. Or, ce que je constate à chaque étape, c’est que vous flirtez essentiellement avec l’été et son soleil.
– C’est que je me dois d’être chaud bouillant : la première impression, c’est important.
– Vous semblez viser la conquête avant la rescousse, gare ! En tout cas, ne comptez pas sur moi pour la ramener jusqu’au château, je commence à en avoir plein les pattes.
– Nous amadouerons votre appétit le moment venu, voilà tout.
– Je vous le dis tout de go, vous porterez cette maroufle sur votre propre dos.
– À coeur vaillant rien d’impossible, cher compère ! Reprenons la route, que je puisse plonger mon regard dans ses doux yeux noisette…”

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Épisode 29

Dans le monde Écorce, lorsque princes et princesses entrent dans leur quatorzième année, la tradition veut qu’ils arpentent le vaste monde. Ce voyage, propice aux découvertes et aux rencontres, est aussi l’occasion pour ces jeunes gens de frayer avec l’humilité. En effet, la noblesse du coeur devant précéder celle du rang, ces souverains en devenir n’ont droit qu’à un seul privilège avant de voyager anonymement, et un seul seulement : le choix de leur monture. Comme vous pouvez l’imaginer, on retrouve toute une ménagerie dans les annales royales ; cependant, peu de ces bêtes restèrent autant en tête que celle de la princesse Césylve.

Les jours qui précédèrent son départ furent semblables à ceux de ses prédécesseurs : les animaux affluaient de tout le royaume, cherchant à gagner ses faveurs. Les membres de la famille royale se tenait aux côtés de l’adolescente au cas où celle-ci s’enquerrait de leurs conseils. Mais Césylve savait ce qu’elle voulait, ou plutôt ce qu’elle ne voulait pas : les serviteurs avaient à peine le temps d’annoncer les montures que ces dernières se faisaient congédier ! La princesse avait l’oeil, et identifiait tout de go les potentiels défauts. L’inquiétude et le souci gagnaient ses proches, tandis que les boucs makers spéculaient joyeusement sur l’heureux élu.

Un jour, ou plutôt à la fin d’une journée, tandis que le ciel se perlait de rose, un moine entra dans la salle où trônait la princesse. Il se présenta rapidement, car il y avait peu à dire : il arrivait des montagnes, et souhaitait soumettre sa bête à la belle insoumise. Césylve, intriguée jusque dans ses babouches, dirigea son regard vers celle-ci : il s’agissait d’un yack des montagnes, à la calme puissance. Tout en cornes et en poils, il marqua cependant une certaine déférence quand la reine-mère caressa son front.

“Votre grâce, j’ai pris soin de ce yack, et nous avons longtemps marché ensemble. Mais mon corps faiblit tandis que le sien a atteint sa pleine force. Kitori est prêt à vous accompagner dans le voyage qui s’en vient.

– La bête semble puissante et docile, mais supportera-t-elle votre propre départ ?

– Parez-vous de ce châle les premiers jours, et vous deviendrez sa prochaine maîtresse.”

Cette promesse sembla résonner chez le yack, qui plongea un peu plus son regard dans le reflet des eaux royales. Césylve resta un temps songeuse, avant d’accéder à la requête du moine. Cette décision, annonciatrice de ce qui allait devenir la geste de Dame Césylve, scella son destin avec Kitori, dont elle allait bientôt découvrir la nature véritable…

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Épisode 30

Ces derniers temps, les articles foisonnent autour du confinement. On nous informe, nous relaie, nous détaille, nous met en garde… Fort bien. Mais l’esprit d’Albert ne saurait se satisfaire des seules informations, alors même que son corps est entravé. Il lui faut davantage : un remède à la monotonie que les écrans n’ont que temporairement soulagé.

À force de retourner sa maison, le bonhomme finit par retomber sur de vieux cartons. À l’intérieur : des bédés, des romans… Il y en a à lui et aux enfants, qui ont bien grandi depuis. Intrigué, Albert sélectionne délicatement l’un des ouvrages ; il parcourt le titre, quelques pages. La lecture l’absorbe, il finit par trouver un petit pouf où s’asseoir. Au-delà de l’intrigue, il se souvient d’anciennes journées… de lui-même confiné, il s’envolait pour d’autres réalités, au nez et à la barbe des vacances scolaires. Il se rappelle les soirs si nombreux où, mimant une princesse ou un dragon, il émerveillait ses fils. Les souvenirs lui reviennent sans nostalgie, au contraire : il éprouve de la reconnaissance pour ces piles bigarrées, aux sensations si vives encore.

Lorsqu’Albert ramène les cartons dans son salon, il sourit. Comme une envie de merci, pour tous ces livres et leurs péripéties. Chacun recelant une seconde histoire, bien cachée, pour peu qu’on prenne la peine d’y repenser…

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Épisode 31

Voilà quelques heures que nous avons atteint l’oasis. Nous sommes déjà venus, et nous y revenons maintenant. Mais, cette fois, la luxuriance de l’endroit affecte nos sens, ajoute à la confusion de nos êtres. Comment croire à la possibilité d’un tel lieu, après l’étreinte des dunes ? Chez chaque homme, l’insoutenable baigne les yeux, alors que s’achève la mise en terre de notre père. Sur son corps encore taché d’ocres, les pelletées de sable trouvent refuge dans le pli de sa dépouille. Il part nourrir le monde, et nous l’y rejoindrons progressivement.

Le chef de la caravane vient de prendre la parole : nous reprenons la route. Déjà ? Oui, déjà. Les hommes marmonnent, scrutent les vallons orangés ; après tout, peut-être est-il plus simple de quitter ce qui n’a pu nous appartenir ? Nous n’avons jamais été maîtres de ces lieux, car nous appartenons au mouvement, superbe et intangible. Alors nous désertons, rejoignons le sillon. Les bêtes ont pu se reposer, elles tiendront jusqu’au prochain arrêt ; les hommes, eux, se recueillent dans la douceur chaude et sèche de l’erg.

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Épisode 32

Je pense que je pourrais passer ma vie à décrire celle des autres. Au printemps, c’est plus simple, les gens sortent. Ils ne vont jamais très loin, ça m’arrange d’ailleurs. Ce matin, il n’y a que deux hommes à la terrasse du café, sans compter le serveur. Dom’ me reconnaît et m’adresse un salut discret ; il sait que je ne trouble jamais son commerce. En effet, ça ne m’intéresse pas tant de connaître les gens que de les deviner ; cela atténue la déception. Voilà pourquoi peu avant midi, chaque jour, je prends place sur le même banc devant cet inénarrable café, avec une bouteille remplie d’eau-de-vie et des antipasti. C’est un petit village, je suis vieux, les gens trouvent ça charmant… Voyez ça comme ma manière de mourir doucement.

Aujourd’hui, ces deux hommes – la cinquantaine et la quarantaine – ne semblent pas correspondre : l’un a tout de l’avocat, tandis que l’autre porte encore son bleu de travail. Un mécano, pour sûr ; des pinces monseigneur dépassent de sa blouse. À leurs attitudes, leurs postures, ils se connaissent. Des frères, des amis peut-être ? En tout cas cela fait bien longtemps depuis leur dernière rencontre : les gestes sont retenus, presque maladroits. Le repas se déroule, la météo est mauvaise : de noirs nuages végètent au-dessus de tout ça. Deux cyclistes en tandem, par précaution, viennent s’abriter. Lors du dessert, le patron amène aux deux attablés un gâteau poignardé de bougies. La surprise est là, l’arthrite aussi : il lui faudra pas loin de cinq allumettes pour allumer la bête. Je ricane. J’accompagne la scène en suçant quelques sucreries ; j’ignore ce qu’il se passe, mais la scène m’émeut. Les hommes soufflent de concert sur l’opéra, s’étreignent ; l’un d’eux pose son regard sur le tandem, avec des envies d’ailleurs, ensemble…

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Épisode 33

L’aube pointe le bout de son nez, tandis que nous essayons de faire bonne figure. Nous, c’est Suzanne et Ludivine : première année de médecine, livides, divines. Cette nuit, c’était révision sous pression. Et un peu de champagne aussi, histoire de titiller le destin. Ce serait bien qu’il nous donne un coup de main, ou un coup de tête, bref qu’il se manifeste. Parce que là, les jours se succèdent et nous n’en faisons plus vraiment partie. Comme si ce qu’il allait advenir allait advenir sans Suzanne et moi. Une équation à laquelle on aurait retiré deux palpitations, sans sommation. Peut-être que c’est ça l’amour : déceler en l’Autre sa propre immuabilité ? Ça expliquerait pourquoi, lorsqu’elle me raccompagne, je traîne les pieds.

Ludivine s’est effondrée sur son lit, un léger filet de bave au creux de ses lèvres. Suivant l’angle, elle me sourit. Mignonne, crapule : on a bien fait de coucher ensemble. Au-delà de la gymnastique, ça nous a fait du bien je crois : les refuges sont si rares de nos jours. Je crois que j’ai envie de veiller sur elle. Autour du lit et malgré les volets, le soleil étend son regard. Le petit monde de Ludivine exhibe son patatras, où le bureau tient une place de choix. Avec deux grammes dans le sang, j’hésite à me prononcer : indolence ou studiosité ? J’ai l’impression qu’elle est au début de tellement de choses… Elle est sa propre époque, je crois. Son ronflement ralentit, la journée s’endort. L’examen est dans quelques heures. Il va falloir faire un choix. Le temps de griffonner quelques notes, de prendre mon manteau… Au moment de passer la porte, je songe : “des repères, ça se retrouve”.

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Épisode 34

La surface de l’étang ne se déride guère… Cela ne va pas faciliter les choses pour les deux hommes qui assis sur le banc scrutent poliment l’horizon. Une pinède embaume les lieux, relâchant par intermittence – et non sans espièglerie – une pomme de pin pour trouer le silence. Pourtant, il s’agit là des retrouvailles de deux vieilles branches ! Mais leurs regards ne proposent comme autre reflet que celui d’un brouillard sans fin… jusqu’à ce qu’ils se décident à réagir. Après tout, que vaut le calme s’il n’est pas ceint d’excessif ? L’un des hommes sort une maraca, fredonne un rythme qu’ils avaient pris l’habitude de jouer ensemble. Dans le temps. La mélodie semble emporter une araignée, qui s’active sur sa toile. La nature n’est pas en reste, et c’est bientôt tout l’automne que l’on surprend à batifoler comme si juin ne s’était jamais arrêté. Comme si un enchevêtrement de fumée n’avait fini par harasser les deux hommes. Comme s’ils n’avaient jamais rompu, il y a un an jour pour jour, lorsque le soupçon a fini par l’emporter sur l’amour. Mais certaines choses vivent plus longtemps que d’autres, au mépris des vides qui nous boursouflent. Alors les revoilà, de nouveau prêts à franchir le pas.

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Épisode 35

Comme nombre de Terriennes, Maude est en perte de repères. Si le déconfinement lui a au moins permis de se faire licencier de visu, ses activités connaissent encore quelques entraves. Difficile en effet de fréquenter parmi ses ami.e.s quelqu’un.e qui ne soit ni complotiste, ni collapsologue, ni surmené.e, et qui aime la moule. Tout comme il est ardu de trouver une plage encore accessible pour buller parmi les bulots. Maude doit bien l’admettre : sa conchyophilie la consume, et un certain désemparement l’étreint désormais. Quand vient la nuit, il n’est ainsi pas rare qu’elle regroupe autour d’elle tous ces coquillages aux gravures touristiques, patiemment collectés depuis tant d’années.

Ensemble, ils forment un récif qui l’apaise un petit moment, juste assez pour ne plus penser à son crabe. Ne manque que le ressac, que même ses vieilles canalisations ne sauraient reproduire ; un bruit qui, hier encore, procurait à Maude une drôle de confiance en l’avenir.

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Épisode 36

« Fait chier. »

La créature magique, surprise par les giboulées, est à l’arrêt. La lourdeur des gouttes affectant son vol, c’est dépité qu’elle et ses ailes rouspètent sous un abri de fortune. Le ruissellement mitraille et crépite le béton jusqu’à l’engloutir – toutes proportions gardées. Nous sommes bien loin de toute forêt. Assise sur un débris, Bénaflette se couvre d’un pissenlit qui poussait dans le coin ; l’ensemble, ma foi, oscille désormais entre le canotier et le chapeau mexicain. Elle grelotte, maudit ses pieds nus et songe à se payer un drone. Si seulement elle avait de quoi… la féérie n’a en effet plus vraiment la cote, et ni ce secteur ni ses acteurs ne s’y étaient préparés. Du coup, c’est chacun pour sa pomme, et Bénaflette goûte l’amertume des rêves laissés sur le bas-côté. Heureusement, certains copains s’en tirent mieux : des dragons qui font dans le transport en commun, des elfes qui bossent dans des parcs naturels… Remarque, c’est toujours mieux que son copain nain qui s’est barré pour aller prouver l’existence de la Terre creuse. Mais le sourire esquissé ne dure pas, car Bénaflette repense aux dires de sa conseillère Pôle Emploi, qui la taxait de “minuscule” et de ”cauchemar pour les assurances”. Elle est fatiguée… fatiguée qu’on lui propose systématiquement de bosser comme escort-girl ou dans les forces spéciales. Qu’on lui refuse désormais de s’approcher des enfants sous peine d’être fichée. Que des cons lui tombent dessus avec des tapettes à mouche et un sourire hilare. Comme une impression de vivre un conte défait, alors qu’elle envisageait autre chose.

Les giboulées cessent peu à peu, et la lumière a tôt fait de percer les nuages grognons. Un arc-en-ciel se déploie, faisant fi de toute l’actualité ici-bas. La fée relève prudemment les yeux, et face au spectacle ricane de ses chicanes. Le temps d’ébrouer ses ailes, la voilà qui s’envole vers un futur fort fort lointain.Les giboulées cessent peu à peu, et la lumière a tôt fait de percer les nuages grognons. Un arc-en-ciel se dé- ploie, faisant de toute l’actualité ici-bas. La fée relève prudemment les yeux, et face au spectacle ricane de ses chicanes. Le temps d’ébrouer ses ailes, la voilà qui s’envole vers un futur fort fort lointain.

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Épisode 37

Des fois, je me dis qu’avec nos peaux constellées de grains de beauté, nous nous rapprochons d’une boîte de cookies. À chacun sa forme et sa saveur, sa teinte et son épaisseur… et même si nous nous suffisons en soi, c’est toujours meilleur quand on se retrouve à plusieurs.

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Épisode 38

“Aujourd’hui, le pré m’a fait une fleur.

– Tout ça pour finir sur la paille.

– Hin hin, très spirituel… N’empêche qu’avec ce nouveau couvre-chef, je serai la plus apprêtée de tout l’étang !

– Attends de voir les grenouilles et leurs nénuphars, tu vas vite déchanter… M’enfin, si tu pouvais nous éviter un nouveau canard, ça m’arrangerait : non pas que je sois fan des prises de bec, mais j’aime bien avoir quelqu’un en face quand je fais mine de l’ignorer.

– T’es vraiment un chat perché.

– Et de surcroît suspicieux: quelque chose me dit que tu as d’ores et déjà quelqu’un en tête…

– Tu vois des signes partout.

– J’avais plutôt un autre palmipède en tête… Jean-Michel Jars ?

– Canaille !

– À mes heures perdues. Pourquoi lui ?

– Il a une belle plume.

– Forcément. Ben, eh bien va falloir songer à se trouver un autre duvet…”

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Épisode 39

Que ce soit par terre ou dans la vie, Hakim est le genre de gars qui rebondit. Cela lui est venu tout petit – il a connu une éducation assez souple – et depuis il ricoche… Personne ne se l’explique ; de toute manière, face à ce genre de situations, mieux vaut prendre de la hauteur.

Dans le sillage de ce garçon, on retrouve souvent chaussures et chaussettes, à tel point que ses proches systématiquement étiquettent. Hakim a connu un paquet de situations à la con, et plus encore de complications ; il n’a cependant jamais eu honte de ce qu’il est, s’excusant seulement pour les imbroglios et remboursant les irrémédiables patatras. Mais il vient des moments où la fatigue prend le pas sur l’aventure, et alors nos forces ne suffisent plus… Mais je vous l’ai dit : ce p’tit gars sait prendre la balle au bond ! C’est au cours d’une visite dans un refuge pour animaux qu’il est – métaphoriquement – tombé sur Dalida. Pas vraiment chanteuse et plutôt en recherche d’opportunités, la chienne a fait montre d’un bel enthousiasme en rencontrant Hakim : mieux, elle s’est mis à bondir ! bondir ! et rebondir ! le tout, à une hauteur similaire ! Ni une, ni deux, notre petit gars adopta la joyeuse bête pour, ensemble, s’enfuir à toutes jambes…

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Épisode 40

C’est l’été à Nantes, et un petit vent – venant aux nouvelles – s’immisce par la lucarne. Corona oblige, on repassera pour la bise… Essoufflé mais curieux, l’alizé se retrouve rapidement à frôler les animaux, frayer le mobilier. Entre brousses et roseaux, le bois quoique poli ne pipe mot. Alors le vent, loin de tempêter, s’interroge derechef : que nous est-il arrivé ? Après tous ces mois chacun chez soi, qu’est-ce donc que ce lieu-là ? Ma foi, il ne semble pas au courant… Nous lui murmurons alors un court récit : une histoire qui s’avère abîmée, pleine de détours, et où il n’est pas aisé de s’y retrouver. Quelques trésors ponctuent les péripéties ; des périls, aussi. Chaque saison n’a eu de cesse d’observer un nouveau mouvement, jusqu’à ce que joue la mélodie actuelle : les corps et la tendresse, cette fois au quotidien.

C’est l’été à Nantes, et il fait bon vivre. Airelle et Zaromatt, si souvent à part, s’appartiennent enfin.

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– Airelle x Zaromatt
Du 27/10/19 au 23/08/20, entre Paris, Angers et Nantes