Ce matin en trottinant, j’ai croisé le monospace de mon enfance.
Même modèle, même couleur, juste un peu ramassé.
Je suppose que la course du temps n’en finit plus de commencer.
– Rémi
Ce matin en trottinant, j’ai croisé le monospace de mon enfance.
Même modèle, même couleur, juste un peu ramassé.
Je suppose que la course du temps n’en finit plus de commencer.
– Rémi
Ce jour sera sensiblement écrit par d’autres que moi.
Je garde mes deux ardoises non loin :
Car après tout, demain.
– Rémi
Nous sommes il y a quelques semaines, dans un théâtre d’improvisation. La remplaçante se présente, motive les troupes avec quelques échauffements. Celle-ci est plus calme ; nous n’avons encore jamais réalisé quelques-uns de ces exercices. Comme souvent, il s’agit de convoquer les émotions à tour de rôle, de les façonner tel un potier avec un peu de glaise.
Un an après, la troupe est éparse ; nous commençons à nous connaître et à nous faire confiance. La timidité, la retenue subsistent certes lors de certains numéros, mais la bienveillance prédomine. Justement, cette professeure nous demande pour le prochain exercice de former des binômes : l’un va jouer une émotion que l’autre devra deviner.
Le faible effectif fait que P. et moi nous retrouvons rapidement ensemble. Ce n’est pas la première fois, mais d’ordinaire j’évite : je l’ai beaucoup chérie il y a des mois de ça. Comme avec ses prédécesseuses, elle ne l’a jamais su, il ne s’est rien passé… ne restait plus qu’à faire le tri dans tout ce fatras. Elle est partenaire de jeu et puis voilà.
Nous nous retrouvons donc à se regarder les yeux dans les yeux. Elle commence. Je devine juste, les rôles s’inversent. J’hésite à peine, preuve que l’on pense trop souvent avoir mis ses affaires en ordre… Je la regarde d’un amour doux, puis exprime un désir plein de revanche. Insondable, studieuse, P. laisse s’égrener les secondes avant de partager son ressenti :
« De la tristesse. »
Je n’ai pas eu la force de contester. Tout bien réfléchi, il y avait même beaucoup de vrai là-dedans. Choisir d’écoper sa solitude à grand renfort de fantasmes, sans même prendre le temps de créer du lien avec le sujet même de mon désir… c’est triste à pleurer.
Je pensais que c’était la verve et la passion qui m’émouvaient chez P., j’avais tort. C’est sa jeunesse… elle me renvoie à un temps, une attitude perdues qui me fascinent autant qu’elles m’accablent.
Le reste de la session s’est déroulé sans heurts. Des semaines plus tard je songe encore à tout ceci.
Lorsque j’ai débuté le théâtre d’improvisation, j’aimais le caractère éphémère des numéros : cet art vivant, qui ne reproduirait jamais le même spectacle. Nous ne nous regarderons plus jamais ainsi avec P., et c’est sans doute pour le mieux.
– Rémi
La feuille blanche rend sa copie.
Elle n’a rien écrit ; comme la dernière fois, et la fois dernière.
La feuille blanche n’imprime pas, et ne restera pas dans les mémoires.
Après tout, elle en vaut bien une autre.
La feuille blanche délivre une mélodie.
C’est à se demander laquelle, et pourquoi aujourd’hui rappelle tant hier.
La feuille blanche, immaculée, ne s’intéresse pas aux histoires.
De quoi pourrait-elle bien se faire l’apôtre ?
La feuille blanche passe son tour.
« Marmite fixée jamais ne bout », oh pour ça elle boude et désespère !
La feuille blanche que l’on déplore, sans jamais s’intéresser à sa matière noire.
À jamais mienne et bientôt nôtre.
– Rémi