Archives mensuelles : novembre 2025

Pretium doloris

Le port altier baisse les yeux sans pour autant hurler au naufrage. Est-ce que le corps se sait condamné ? un souffle insondable émane de la bête. Les humains alentours se désolent, inventent mille empathies pour donner le change : après tout c’est l’âge, oui c’est bien triste, mais que voulez-vous… c’est à se demander quel spectacle est le plus lugubre.

L’animal ne rend pas les regards, fixe le sol. Les pattes accusent un léger tremblement, avant que la carcasse ne revienne à elle. Le chien s’en va finalement s’échouer un peu plus loin, dans une lassitude toute canine. Il emporte avec lui le temps, qui s’affaisse péniblement.

– Rémi

Fragmentaire

C’est un petit dimanche, niché dans le calendrier. L’heure est jeune encore. La cité balbutie plus lentement qu’à l’accoutumée, de sorte que ce sont des corps et non plus des foules que l’on croise au dehors.

Quelle différence ? pour ce que les gens se regardent.

C’est manifestement le maximum poétique dont je serais capable ce matin, nous allons donc passer à un monologue soucieux.

Alors que le silence se fait enfin dans la semaine, je désespère des mondanités de fin de journée. À croire que l’ermitage me tend les bras. Je n’ai pourtant rien contre ces gens, c’est même plutôt le contraire. Mais qu’ai-je bien à leur raconter ? une conversation s’articule sur d’élégants allers et retours. Selon où tout ceci s’oriente, quelques traits d’humour, voire même une révélation, un pot-aux-roses. Leur vie n’est pas beaucoup plus palpitante, toutefois ils semblent mieux maîtriser, vivre les codes sociaux qui n’ont pourtant guère changé depuis mes jeunes années.

Sans doute ne partagent-ils pas ma honte. Un sentiment écrasant de subjectivité, et qui toutefois me fait tituber depuis – pour le dire poliment – longtemps. Mais honte de quoi au juste ? Ce sont là des conversations (!) à garder avec le thérapeute, le temps qu’elles aboutissent à quelque chose.

En attendant, dans cet espace publié mais oublié, que faire ? Eh bien, plusieurs réponses. Soit je le délaisse et m’acharne à écrire des nouvelles sur un bon vieux .txt, soit j’adopte une philosophie plus sportive – voire théâtrale – et je me fixe quelques exercices d’écriture pour reprendre la main. En tous les cas, je ne pondrai rien de bon tant que le rythme et la discipline n’auront fait leur réapparition.

– Rémi

Le témoin

Nous l’avions pris jadis — pour sceller notre abri,
Petit dieu végétal, témoin de nos aurores,
Mais vint le temps du froid, des mots jetés dehors,
Et tu dis : « Prends-le, garde-le, c’est ton prix. »

Je le traînai plus loin — jusqu’à Marseille, exil,
Sa sève s’obstinait, grouillante, infecte et vive.
Il ne mourait jamais — sa survie me poursuive,
Un vestige d’amour, un reproche immobile.

Une nuit, las, je l’ai laissé dans la rue.
Un voisin restaurateur le prit, fier, triomphant ;
Son tronc, chaque matin, me clouait son affront.

Souvent j’ai voulu le voler, l’abattre nu,
Mais l’arbre a depuis disparu, sans bruit, sans lien.
Et ce rien m’a rendu le silence du matin.

– Rémi

Oui mais non.

Ce texte a été généré par intelligence artificielle. Si cette histoire a bien existé, si je l’ai modelée par prompts successifs pour en faire un sonnet qui me convienne, ce n’est pas tout à fait moi qui vous parle de ma vie.

La question ici n’est pas de savoir si c’est bof ou bien, je laisse ça à la discrétion du lecteur. J’aimerais simplement vous livrer mes pensées en tant qu’auteur.

Tout d’abord, je savais que j’aurais recours un jour ou l’autre à l’IA. L’idée était d’expérimenter, d’approcher une technologie en progression pour en apprécier le vertige de ses possibilités, couplé à l’enivrement de l’écriture. Si un jour j’ai des ambitions narratives plus poussées, j’y recourrais certainement comme compagnon d’écriture. Mais avant, il me fallait défier la bête sur le terrain littéraire et poétique.

Ensuite, pourquoi cette histoire ? Parce qu’elle me bouffe depuis un an, et que je ne suis pas capable de la sortir autrement pour le moment. Triste et absurde, je peux vous la conter à l’oral mais pas en faire une transcription écrite actuellement, pour une foultitude de raisons

« Alors, heureux ? » Pas vraiment. Malgré mon accompagnement, l’intelligence artificielle a accouché d’un texte – à mon sens – profondément vain. Si techniquement, le contrat est rempli, l’exorcisme n’a pas eu lieu. Il n’est même pas ici question de mérite, ou de qualités littéraire : je fais ce commentaire d’expérience, et en me basant sur mon rapport à l’écriture. Certaines peines, certaines peurs doivent être draguées et remontées lentement à la surface. La démarche est rugueuse, l’ambiance âpre, avant que l’art ne se fraie un chemin et sublime avec fatigue ce qu’il adviendra.

L’émotion artificielle n’aura donc pas sa place ici.

– Rémi