Archives mensuelles : avril 2026

Calcaire de rien

Il y a une semaine, une fois n’était pas coutume, j’étais dans le Beaujolais, à Oingt. Le temps se prêtait aux visites, et après quelques bouderies mes petits cousins n’avaient d’yeux que pour les jeux médiévaux en bois. Parmi les attractions, on pouvait observer quelques tailleurs de pierre dorée qui, à l’abri des bruines, œuvraient d’un air tranquille.

J’aime bien la caillasse : son apparente dureté, et la manière dont un seul coup peut faire apparaître des fêlures comme autant de racines. A l’université, je crois bien n’avoir retenu de Freud que sa métaphore du cristal, tant elle semblait faire écho à ma fable préférée de La Fontaine : « Le Chêne et le Roseau ».

On me propose gentiment un marteau, pour les aider dans leur tâche. Refus poli, souriant ; comme nombre de gens de ma famille, je suis mal à l’aise à l’idée d’interagir avec le monde de la matière. Nos dix doigts se plaquent, faiblement, contre une réalité par trop écrasante. Chacun se dépêtre comme il peut, avec plus ou moins de de jugeote. Il y a quelques années, on m’avait taxé de cérébral ; ce qui se voulait un compliment s’arrêta au stade de l’embarras.

Les tailleurs de pierre sont là pour l’exotisme : ils tapotent pour l’affiche. A leurs pieds, gravats et autres menus décombres attestent des bignes qu’eux ou des gens de passage ont infligé aux pièces de roche dépêchées pour l’occasion. Je guette dans les regards des sculpteurs si le spectacle est propice à quelque mélancolie, en vain.

Certains saisissent le monde et le modèlent, d’autres passent le balai une fois que tout est terminé.

– Rémi