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La Bande des pagnes

Nouvelle année, nouvelles vacances entre amis… et quelques lignes pour rendre compte de toute cette vie qui s’agitait cette semaine-là.

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Samedi 13/08/2016 : Marseille – Bilbao

Il est venu ! Le temps des vacances estivalo-amicales s’abat sur notre contrée, pour notre réjouissance. Mais d’ici à ce que l’équipage soit réuni, quelques et éparses équipées bravent les chemins.

Pistez le long des bretelles : vous tomberez sur Nico’, sur Sarah, Alex, Olivier et Juliette ! Intéressez-vous aux bas-côtés, car la « locamotive » de Nina n’est plus très loin… et si le ciel entrouvre ses longues jambes d’azur, alors entrapercevrez-vous Thomas, toussotant des nuages. Arnaud et Sophie, in fine, viendront amoureux car cela reste le plus beau moyen de transport.

Mais revenons à notre (dé)route, à ses axes en forme de fermetures éclair et de lacets. Dans la voiture, chacun reprend le fil de la vie d’autrui tandis que les guillemets blancs, au sol et sans mot dire, témoigne du temps qui passe. Ca rit aux éclats et aux arrêts d’autoroute pour pester ensuite contre les ralentissements, sur un faux air d’accordéon. Estimons-nous heureux pourtant car le paysage peint de tous ses verts et de tout son or les kilomètres ! Des distances il fait des odyssées, des heures des moments clefs… par intermittence, les véhiculés succombent aux siestes passagères, laissant la nature songeuse.

Au moment du déjeuner, nous mordons à pleine dent dans la frugalité. Assis, nos ombres sombrent et s’emmêlent avec le bitume… le ciel brille ; d’ici la fin de l’expédition, du soleil nous en connaîtrons un rayon. Mais pour le moment assomme-t-il joyeusement et à tour de rôle le frêle convoi.

Que dire de l’après-midi ? Une succession de démences que la chaleur ne cesse d’exciter, d’ici à ce que nos occiputs s’abrutissent définitivement.

Et puis, les Pyrénées. Un bras, un corps, un agrégat ! Tous crocs dehors, sa silhouette farouche garde les rebonds des prairies alentours. La vive verdure d’août dévale vallées et vallons sans que nous y trouvions un semblant d’explication… Le dépaysement est à nos portes ; un péage faiblard et schengennien s’oppose, sans succès, et l’Espagne lui succède.

A peine la frontière franchie, nous basculons dans un monde de précipices. Quelques premières bâtisses, union des falaises et des génies, méditent.

[…] Et bientôt, Bilbao. Bien vite, les arrivés comblent les morcellements : tout le monde y va de son anecdote, chacun de sa réjouissance. Les sacs se jettent sur le lit et nous voilà partis festoyer… une fois décrassés.

De là une première nuit ibérique, faite de tapas et de Nico (croisé à un ultime carrefour)… peut-être puis-je conclure là-dessus ? Une journée, des chevauchements, une chevauchée. Et nous pénétrons à nouveau dans les vies environnantes…

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Samedi 14 août 2016 – Bilbao

Bilbao est un déroulement dont les espaces possèdent leur propre dimension. Où que nous allions, il y a de la place pour nous ; à quelles fins l’user ? Mystère… En attendant, nous nous faufilons parmi les petits immeubles de la ville et leurs inénarrables aspects.

Le premier des restaurants où nous échouons accueille nos sueurs, nectar d’un harassement général. Nous ne retînmes que le dessert, Arnaud et Sophie rejoignant l’équipage… La chaleur encore tonne le long des peaux, il nous faut rejoindre la côte.

[…]

C’est près d’un golfe que nous laissons les voitures. La plage est semblable à une foultitude d’autres, seuls les rebonds des collines alentours trahissent le lointain et l’exotisme. Et puis il y a ce brouillard qui lèche jusqu’au drapeau vert. Son intermittence saccade les lumières et s’abat sur les draps balnéaires, tandis que le vent pousse doucement derrière la marche du monde.

Nos corps dans le décor ne versent guère dans l’immobilité, en attendant. Ils courent, se baignent, s’ébrouent, semblables à des enfants. Quelques sabliers encore et tout se délite, pour laisser place à un tableau nouveau.

Ecourtons les douches et la longueur des protocoles pour directement sauter à un itinéraire plein d’errances : celui du restaurant ! Sans adresse véritable, la procession erre et se cogne, désespère mais s’en cogne. Dans un ultime pied-de-nez, nous nous tournons vers une royauté rivale déguster un gros et gras menu.

De la digestion, je retiens tant d’images, comme si la ville avait revêtu une robe de soir. Sur une place ou près d’un fleuve, les étincelles parcourent l’épiderme. Nos sens palpitent une dernière fois, dérivent, dérivent, tiraillés par des émois que seul un lit éteindra.

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Lundi 15 août 2016 – Zirben/Castro Urdiales

Le convoi fait halte à Zirben, port que ne renierait pas Fos-sur-Mer. Un rapide tour nous laissant circonspects, nous nous jetons sur les quelques mets que vend un restaurateur. Il flotte une impression d’ailleurs.

La route vers Castro Urdalès est jonchée de chapiteaux naturels. Ceux-ci sont faits de roches, de terre et d’un sauvage gazon qui jure avec les chaleurs. Nous arrivons à la station balnéaire au moment probable d’une féria. La nature se change soudain en corps et en peaux ; hommes, femmes de tout âge bougent sourdement au rythme des beats et de la paillardise ambiante. Notre équipée se réfugie sur la digue puis sur les hauteurs pour – notamment – achever sa digestion.

[…]

Le terme « hauteurs » fait pâle figure quand on l’oppose aux falaises de Langres, atteintes plus tard dans l’après-midi. Avant d’arpenter ses plages en contrebas, nous suivons un petit sentier nous menant à l’une des extrémités. Le vent ici semble inspirer tout l’environnement par son bruissement ; voici que son harmonie me gagne. Tout se contemple, dans une paix infinie. Les orées recèlent au-delà des premiers bois quelques obscurités qu’un noir élégant s’empresse de peindre. La côte chuchote les vagues, comme un air de flûte qui inonde l’âme. Son roulis se trouve aussi dans les broussailles, il y crépite : les insectes scandent et scandent et scandent les vieilles gloires du paysage. Vers l’horizon, l’océan et le ciel se considèrent comme deux miroirs usés. Quelques-uns de leurs reflets bâtissent la beauté des vagues-vallées, aux sommets de neige et d’écume.

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Mardi 16 août 2016 – Santander

Les jours ne cessent de se dépasser, et nos petits yeux mal éveillés ont bien du mal à prendre toute la mesure de leur journée. Une rencontre avec les viennoiseries de Santander, délicieuses et salutaires, préparent nos vaillances… il est midi, mardi commence !

La ville malgré la grisaille laisse échapper son histoire chaude et colorée, à mesure que nous arpentons ses chemins. Marchés et bâtiments maintiennent la grille des quartiers alors que nous alternons les phases ambulantes et d’autres plus… digestives. Le pique-nique (fort) tardif se déroule dans le parc royal, ceint de pelouses aux milles fatigues et d’un petit train ronronnant. La lumière et la chaleur y donnent l’impression d’avoir été dérobées par l’océan voisin ; momentanément, une vague sans éclat brise des corps au repos… mais déjà le vent se lève puis le camp, bercé par la ronde des allées et des alizés.

Un Palacio real de la Magdalena plus loin nous retrouvons l’horizon et son océan environnant. Une île et quelques bateaux stagnent à la surface huileuse, comme d’ultimes abandons. A cette mélancolie se joint celle des bêtes hispano-uruguayennes, déportées puis relâchées dans des contrées de fer cerclées. Cette animalerie propage dans nos cœurs une doucereuse agonie, le tout dans une ambiance de non-vie, à en questionner l’existence.

Heureusement la camaraderie trouve toujours un chemin : un mojito en terrasse, un plat goûté dans une bonne taverne ou encore un conte narré entre quatre lits. Ces moments cités et tus à la fois révèle toute l’importance de savoir poser sa plume au bon moment.

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Mercredi 17 août 2016
Santander / Santillana del Mar / Ribadesella / Comillas / Covadonga

Quand les habitudes s’éloignent, la vacance est donnée ! Le tard et le décalage saupoudrent dès le matin chaque comportement, laissant aux événements une tournure aléatoire. De là, une impression de course de fond, où les étapes dépaysent… Bon, un dernier hommage à la double cathédrale de Santander avant de prendre congé. Ibères comme aujourd’hui, se poursuit la Cantabrie !

Au terme d’une quarantaine de routières minutes, nous atteignons Santillana del Mar, une petite ville fortifiée au potentiel touristique pleinement exploité… A croire qu’histoire et artisanat ne pouvaient perdurer que dans un mercantilisme navrant.  L’église et son cloître méritaient pourtant une petite visite. Un lierre goinfre y observait les badauds tout occupés à scruter des tombeaux. Et les regards de caresser la brillance des roches, et les fois de serrer les cœurs de pierre. Cet instant, s’il ne fut payant, aurait pu être véritable ; le sort cependant ne fait pas dans la charité.

Nouvelle ville, autre donne : Comillas étend ses longues chaînes de touristes et alourdit la cadence. Après un goûter digne d’un déjeuner, nous nous offrons un caprice en accompagnant Gaudi jusque dans ses créations locales. L’œuvre est atypique, s’arpente telle une résolution, un accomplissement. Au sortir, c’est nous qui sommes traversés.

En quittant Comillas, la ville nous pleure. Elle s’épanche dans les nuages et les rivières, gonfle la brume pervenche. La lente bruine qui recouvre les bâtisses assiste, impuissante, à la poursuite de notre expédition. Ces brumes donnent un parfum britannique aux sommets des vallées ; la végétation relève ici davantage d’un éclatement de forêts et de buis… comme si les monts succombaient céans à quelque puissance verte.

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Jeudi 18 août 2016
Covadonga / Parque nacional de los picos de Europa

L’auberge d’Andrés fait figure d’hospitalité dans ce monde de monts. En remontant la ria Covadonga, nous atteignons le village éponyme. Il y a des fers et de vieilles pierres, entourant un sanctuaire ; la majesté de l’ouvrage donnerait presque envie de bénir nos carlingues ! C’est cependant d’un bus dont nous aurons besoin pour atteindre Los Lagos, plans d’eau hauts de 1200m.

La texture des terres y est douce, sorte de pelouse rocheuse que nos pieds foulent, dans laquelle ils s’engluent, pendant que la brume grignote le paysage. Nous marchons d’abord aux côtés d’autres touristes avant de s’en détacher pour tenter notre propre chemin – bien que toujours balisé. Le vert semble la réponse à chaque couleur et chaque relief ; un vert quelquefois pointillé de bouses grâce au transit mesquin des bovins non loin. Le bord lacustre peint une surface pastel, en plus d’y coller quelques feuilles et des sentinelles aviaires.

A notre « arrivée », nous retrouvons le corps des touristes ; un petit et lourd chemin pierreux ouvre la voie jusqu’aux cars en contrebas. La nature et ses atours ont beau être tout autour, je ressens notre lien : il se distend, ses estampes s’estompant vers d’autres firmaments… Ah ! Comme j’aimerais écrire et veiller des odes et des aubes, pour que jamais ces brumes ne soient oubliées ! Mais nous faisons partie d’une autre sorte de transit et déjà ma conscience s’éloigne, assoupie en devenir sur un quelconque siège de cuir.

Au voyage succède la route et des villages la composent. Nous prenons le temps dans l’un d’eux, car dans moins d’un jour nous nous clairsemerons.

[…]

L’arrivée à San Sebastian est brouillonne, c’est en ogres que nous dinons ! Certains braves se risquent jusqu’au bar mais s’égarent au retour et rentrent une heure plus tard…. S’il résiste à nos manœuvres, de qui le temps est-il le jouet ?

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Vendredi 19 août 2016  – San Sebastian/France

Le jour final apparaît par l’embrasure d’un rideau. Sa lumière à peine distrait l’équipage tout ému d’avoir retrouvé une literie. Hardi, compagnons ! San Se’ a fêté hier notre arrivée d’une jolie pétarade, nous lui offrirons un beau départ !

Mais avant, il faut prendre des forces. Dans une boulangerie, les papilles en éventail, nous profitons du fracas des tasses et des soucoupes ; goûts et arômes viennent par soupçon enorgueillir nos sens. Une fin de matinée sucrée donc, alors que l’on distingue sur le ton des confidences, quelques répliques d’ordre technique à propos du trajet retour.

La plage locale ne manque pas de sel ; nous affrontons l’océan par vagues, enragés et avec bien trop d’écume à la bouche. Âpres passages iodés après âpres passages iodés, la tête en bas et les pieds alertes, nous effectuons une retraite. S’ensuit une passe à dix à cinq où notre gaucherie régale l’espace balnéaire… Pas de doute : les JO sont bien à Rio ! Un dernier conte allongé sur le plage, « La Massue de Piquillo », finit de régaler notre imaginaire avant de définitivement lever le camp.

[…] Un peu plus tard et Thomas s’esquive : un autre enchainement l’attendprès de Madrid… Bises empressées et de vraies marques d’amitié pour la route, celles qui parent le soleil d’une lumière discrète mais supplémentaire. Le départ se poursuit et les bagages de se fermer une ultime fois pendant que s’ouvre les portières…

Les points de suspension percent et forent sans effort ma pensée. Il est temps de laisser ces souvenirs à la mémoire de ceux qui les vécurent.

Puissent ces proses fleurir
Les réminiscences à venir…

– Rémi

Le triangle des bermudas

“Ce qu’il faut à l’écrivain, comme au peintre, au musicien, c’est l’infini de la vie et l’errance…”

  • Fernand Ouellette

Le point d’interrogation est un fieffé larron. Comme si, à sa ponctuation, le charme de la question et du doute s’éteignait pour laisser place à une réponse ou quelque délivrance. Nos maux suivent pourtant un chemin différent que celui du simple texte et leurs manifestations ne nous sont jamais acquises. Puissent ces lignes griffonner vos pensées, tandis que ma plume s’assèche.

PASSAGE À LAC

Un soir dont on sentait la fin de journée, au cours d’une fête qui cherchait encore sa joie, j’étais là. Tout du moins essayais-je de l’être, tant l’Autre s’étalait et délitait la beauté des pauvres alentours par sa seule insuffisance. Aussi changeais-je régulièrement de place ; mais, de guerre lasse, je finis par rejoindre les hauteurs pour un balcon que recouvrait un blanc papier. C’était une affaire : de là, à perte de vue, la côte dentelée s’offrait. On devinait la dentelle bleutée habiller avec ravissement les jambes ébène d’une aube à venir.

La beauté nous appartient, tout le reste existe sans nous. Tout ce que je puis lui opposer, c’est un domaine. Un domaine de visions et de réalisations, un film d’aurores dont je suis le fantasme incarné : les terres intérieures.

Cette réflexion solitaire s’entrecoupait de voraces coups de dent dans un sandwich inconsistant. Quelques miettes des peines perdues jonchaient le sol qu’un lent piétinement faisait crisser et pester par intermittence. La soirée en contrebas bruissait. Je finis par regarder, comme je l’avais tant fait par le passé, cette fille qui, décidément, ne m’aimerait jamais. Si cela faisait bien longtemps que la situation s’était décantée, son fantasme continuait de semer le trouble. Menteur à succès, je fredonnais des lignes de dialogue, des moments, bien conscient des ficelles apparentes. En un sens, c’était de l’écriture à même l’âme et cela suffisait. Elle ou une autre apparaissait et disparaissait, en un instant et n’importe quand… pour autant, la duperie ne dupait personne : je savais faire la part des choses, et j’étais pauvre.

UN GARS LAXISTE

Un soir, mon grand-père referma derrière lui la dernière porte. Nous contemplant mes cousins et moi avec malice, il marmotta : « La nuit est enfermée dehors… ». La formule délicieuse, il se replongea dans un feuilleton tout en meurtres et en enfers. De mon côté m’engouffrai-je de tout mon éréthisme dans la béance.

Je m’voyais déjà jardinier, dont la caresse chaque jour s’attarderait sur le jardin et sa carcasse. Sa terre à la réluctance peu commune rirait en silence des efforts sans effets que patiemment je lui administrerais. Tout ceci me menant, un soir d’alcool de poire, à braver la nuit et le sort en mettant un pied dehors : une folie !

Réfléchissant à ce que pouvait bien risquer mon jeune narrateur – en dehors d’une gueule de bois, je décidai qu’une obscurité locale et terrible ceignait la région. Celle-ci se déchaînait (étrangement) plus la nuit, enlevant toute trace de courage aux habitants, eux-mêmes petit à petit enlevés.

Oui je meuble et c’est commode.

L’obscurité progressait plus qu’elle n’agissait ; sans silhouette, elle s’emparait de mille objets, pareille à une créature de l’Absolu. Quelques liens noirs couraient immédiatement le long de mon corps de jardinier… A leurs paillettes, je reconnus rapidement l’écrin des étoiles ! Quelque peu inquiet et un brin fasciné, j’agitai nerveusement une lampe-torche… Las ! j’avais saisi à la place mon objet phare et la liqueur imbibait désormais ma tenue. Stupéfaits, les plombs sautèrent ; le recours aux allumettes étant exclu, je m’avouai vaincu tandis que le silence retombait.

La terre alentours ne paraissait plus si misérable : chaque plante oscillait entre le gris et le noir, proposant d’obscures étoffes qui n’avaient plus rien à voir avec la diurne réalité. La bascule chromatique constellait le paysage, dans lequel je me sentais fondre.

C’était un oubli d’or et d’argent, coincé entre un ciel et une racine. Stellaire de rien, je finis par me jeter dehors, à corps perdu.

– Rémi

Accord perdu

« Chagrin et joie dépendent plus de ce que nous sommes que de ce qui nous arrive. »

  • Multatuli

Pendant un moment, je n’ai pas existé.

Oui, curieux. J’aimerais exposer une âpre lutte qui donnerait quelque allure à la chose, mais il n’y eût qu’un bête effondrement. Cela s’explique, peut-être est-ce une histoire de cycle ? Peu importe : le vent est tombé, et je suis tombé avec lui.

Au cours de cette période, j’étais par trop occupé à écouter le lent et long écho du quotidien, qui se répercutait un peu plus chaque matin. Plus rien d’autre ne battait, aussi cessais-je de me battre. Les mots s’en retournèrent vers de meilleurs maîtres, déversant ses ombres et ses flocons sur mes murs et le plafond. Nous vivions alors l’hiver canadien et les lacs gris perlaient et perlaient encore…  J’étais charpie, et mon corps s’essaimait à travers les vains voyages entrepris pour barrer l’ennui. Las ! Territoire parmi les territoires, je ne cessais pour autant ce drôle d’exil.

Par intermittence, il m’arrivait de composer -non sans douleur – quelques textes universitaires. L’essence des êtres et des choses épandait quelques secondes ses composantes, avant de réchapper  de mon emprise. Moments plaisamment déplaisants, ceux-ci révélaient un abandon de plus en plus abscons. Assez vite, je convins d’une allégorie : le cactus et la pluie.

J’ai longtemps cru que le climat et la lumière participaient à mon état. J’ai patiemment guetté le retour de la belle saison, sans effet : ma floraison funèbre poursuivait son office. Un jour, de désespoir, je me réfugiai dans une serre pour me raccrocher aux lianes des senteurs. Elles tinrent un temps, suffisamment pour que c’en devienne fabuleux, avant d’en revenir aux larmes de prédilection.

Le Canada eut, comme toute chose, une fin, mais celle-ci fut antérieure à l’effroyable mélancolie qui me frappait. L’ironie voulut que je revins parmi les miens sans voix…

A vie sourde, expression muette ? L’amer ne manque pas de sel.

Mais depuis, il y a maintenant.

Ces temps-ci donc, je laisse l’amitié et l’amour ragaillardir mon cœur ; pour autant, les journées alanguies succèdent aux sourdes nuit que mai doucereusement concocte. Me voilà retourné à l’ici, trépignant des pieds les miettes des peines perdues.

Pour pallier cette fâcherie, je réapprivoise les alentours : les fenêtres, toujours ouvertes, servent d’alliance aux instants de passage. Les promenades sont l’occasion de renouer avec les odeurs de dehors. Mes sens errent et retrouvent de leur curiosité, et quelquefois je m’émeus du commun immortel. Enfin. Ce fut long mais j’ai pris le large…

Derrière cette souffrance, je ne discerne plus qu’une rature, une nuance. Je laisse la vie plonger ses profondes racines et bourgeonner par dessus cette existence bougonne, en prenant bien soin de ne pas mêler la réalité à tout ça. Elle cheminera autrement en un sublime parallèle, laissant sous la nuit luire la plaine.

– Rémi

Chienne de vie

« L’amour est profondément animal : c’est sa beauté.”

  • Rémy de Gourmont

La vie semble parfois engorgée de sentiments ; son déroulé palpite année après année dans une liberté fabuleuse.

Il y a un peu moins de seize ans, je me trouvais dans un coin de chenil, entouré de teckels plus petits encore, et je touchais une truffe.

Il y a un peu moins d’un instant, j’apprends la fin de ce chien. Canada oblige, et comme le veut la technologie, la nouvelle se fait par les réseaux sociaux.

J’ai lu le peu qu’il y avait à lire, contemplé une vieille photo de ma chienne et moi. Puis, j’ai fui.

Qu’y avait-il d’autre à faire ?

Se prostrer, à en refuser le soleil ? Philosopher, à en surestimer les adages ? Parler et étendre le chagrin ? Tout ceci relève d’une faiblesse et d’une vanité formidables… comme souvent, je m’en suis remis à l’instinct et à la sauvagerie du ressenti. Me voilà donc dehors à promener ma silhouette.

Par habitude, je me dirige vers le lac. Je devais aller courir de toute façon… une vague de froid balaie en ce moment la ville, voilà un temps idéal pour essuyer la nouvelle.

La neige tombe doucement, comme si plus rien n’était.

Roumba… elle n’avait pas un nom à mourir, quelle absurdité. Elle avait un nom à danser, un nom à courir, et voilà qu’elle va pourrir. Chienne de vie.

La course débute et je sais déjà que c’est ainsi que je vais lui dire adieu. J’aurais tellement aimé la veiller tout en posant ma main sur son pelage ; cela aurait été des heures dignes et pleines d’amour.

Mon cœur lourd marque un peu plus chaque foulée. Délaissant le raisonnement et la poésie au profit de la colère et de l’impuissance, je martèle la neige pour mieux me heurter au sol glacé. Les genoux souffrent, les joues tremblent de colère et le corps brûle un long moment. Dans l’épreuve comme souvent, je mise sur l’incandescence, me détruis pour mieux me survivre.

Et pourtant, il fait si froid.

Des empreintes d’écureuils, de chevreuils et de chiens parsèment le lit du chemin.

On a  souvent couru avec Roumba quand elle était chiot et moi gosse. Je me souviens très clairement lorsque ma mère m’a annoncé que nous allions adopter une petite boule de poils ; c’était pour l’anniversaire de mon père, mais le cadeau allait profiter à toute la famille… ce furent de belles années et un bon chien, qui nous suivit ma sœur et moi à travers de nouvelles périodes dont celles de la garde alternée.

Tous les enfants de divorcés ont connu cette drôle d’époque ; ce naufrage, où l’on se rattache à tout ce qui peut bien encore flotter. Mes parents étaient occupés, j’étais le frère aîné ; ignorant tout des choses de l’amitié, Roumba était la compagnonne idéale. Son sale caractère, sa loyauté et ma jeune littérature me donnaient l’impression que tous à notre manière, nous nous en sortirions. Je lui dois mon pseudonyme, je lui dois une partie de moi et maints détails encore.

Je sens les chaudes larmes se figer au fur et à mesure… j’imagine deux yeux enragés, lançant des éclairs bleus. En franchissant la passerelle du Pont-Noir, je prie pour que ce lieu de passage m’aide à dépasser tout ceci.

Ces dernières années, le teckel avait vieilli, perdant la vue et ses forces. Je souriais souvent de sa vieillesse, tout en la portant quand ses pattes lâchaient. Elle résidait loin chez ma mère désormais.

Juste avant le Pavillon des Nations, je croise un bouvier et son ma^yre. Des duos comme ça, le long des berges en dentelles, il y en a des tas. Un amas de poils et de laines qui font leur route, peu importe le tracé et la longueur.

Il est temps de murmurer au revoir.

– Rémi

Être de saison

« Le lac, œil du paysage »

  • Victor Hugo

Bien loin de chez moi, j’ignore ma place dans la galerie des glaces.

On trouve au Canada des milliers de lacs. Là où je suis, il y en a bien quelques-uns… tenez, si l’on remonte King Ouest, il est un lac en bord de terre qui apparaît. Son nom ? Le lac des Nations, en souvenir d’une vieille compétition. A vrai dire, il s’agit d’un lac artificiel, l’élargissement d’une rivière, la rivière Magog. Tous ces détails désenchantent un eu la mare ; mais si l’homme a voulu un lac, l’eau continue de lui glisser entre les doigts.

Un nombre raisonnable de personnes bordent le Lac des Nations. Touristes comme habitants, tous suivent le courant des petites promenades. Il ressort de tout ceci une vision plaisante, rendant la carte postable.

C’est une étendue que j’ai croisée à plusieurs dates et différentes heures. Jamais je n’étais le même, alors qu’elle restait la proie des froids et le jouet des temps. L’onctuosité de son eau semblait rompre éternellement avec l’âpreté hivernale… Las ! Quelques plaques de glace martelant l’onde, j’ai tant regretté que la pénombre ceigne le fond. Quelle couleurs j’aurais pu y découvrir !… Attribuant à l’envi cent songes et puis l’oubli.

Oui, l’hiver semble mettre l’eau dans tous ses états et ses rides d’en trahir la tourmente. De caprice en caprice, les températures provoquent une drôle de lutte à la surface alors que des territoires se figent et d’autres se libère. S’observent alors de vilaines cicatrices qui sinuent le long des tensions. Il arrive qu’une feuille se prenne dans la naissance d’un cristal ; leur ultime mouvement est quelquefois si fin que j’en chuchote le nom de quelques vents…

Mes pensées font boule de neige pendant que mes jambes arpentent la côté blanche et bosselée du lac. La poudreuse se confond avec les dunes de mes souvenirs comme autant de sables émouvants. Je pense à ma famille, à mes proches, à la suite. Je réfléchis et mes yeux se baignent dans le lac.

– Rémi

La vogue à l’âme

« C’est cela la tendresse, l’équilibre des gestes, des mots qui sont à la mesure des sentiments. »

  • Anne Bernard

Pour écrire sur l’amour, encore faut-il avoir le cœur à ça. Rien ne me transporte pour le moment et ce n’est pas un mal : le vent n’a pas à souffler chaque jour sur la plage pour que l’on aime ses brises.

Mais ceci, ma vie, n’est qu’un amour. D’autres vivent au-dehors, et leur rare spectacle fait se rencontrer les mondes.

A l’aéroport, j’ai par exemple vu deux personnes se dire au revoir pour un long moment. L’un partait et l’une restait, cela avait quelque chose à voir avec les études. Lui voulait voir le monde et elle ne le suivrait pas maintenant. L’évidence du chagrin était palpable, pourtant… pourtant leur amour bouleversait les alentours. Ils allaient continuer de vivre et de s’aimer.

La scène se voulait presqu’invisible : elle étouffant ses sanglots et lui baissant ses yeux rougis. La parole se tut et, bientôt, ce furent des caresses tout en nuances qui firent leurs adieux au corps de l’autre. Des caresses pour consoler et protéger, des caresses pour se rappeler, des promesses à même le cœur.

Ils semblaient avoir déjà vécu longtemps ensemble, quelle que fut cette temporalité. On devinait une connivence, une connaissance, une conscience entre leurs deux essences, de celles que l’on imaginerait seulement lire. Et pourtant nous voilà, touchés à notre tour par une tendresse infinie.

Il s’en va in fine, bégayant son départ, tout embarrassé de bagages accessoires, il trébuche de regard en regard vers elle. Son amie, son amour le regarde d’abord partir debout ; puis elle s’assoit, elle s’effondre dans un puits sans son.

Je l’ai regardée se relever et partir, quelques minutes plus tard. Leurs sentiments ont flotté encore un temps dans le hall d’embarquement avant de s’estomper. Dans la poche de ma veste, je gardais la main posée sur un petit cahier de pensées et de dessins, tout juste rempli la nuit dernière par la gentillesse de mes proches. Malgré notre force et tout notre superbe, nous avons tous nos artefacts.

Mon propre départ suivit rapidement ; j’emportai ces idées et ces nébuleuses considérations pour percer mollement les nuages. A croire que les amours et les amitiés sont autant de poésies qui ne cessent de se manifester, pour peu qu’on leur prête attention et qu’on les vive…

En paix avec le monde que je venais de quitter, j’inscrivais tranquillement la première entrée et de mon carnet.

– Rémi

Les diamants tapis

« L’inspiration, ce n’est peut-être que la joie d’écrire : elle ne la précède pas. »

  • Jules Renard

Les flocons tremblent, mais qui pour les rattraper ?

Le jour peine à se lever sur la Sherbooke québécoise. Une lueur grise et pâlotte finit par émerger et enrober chaque petite touffe de soie. Certaines fondent sur les toits, d’autres roupillent sur le glacis du temps jadis tandis que d’autres encore tapotent au gré du vent.

Comme chaque matin depuis peu de matins, je me réveille nu comme un hiver. Le cœur tempéré, je balaie les murs unis d’une chambre crème, tout à mes sensations. Mon regard inlassablement croise le verre et le blanc du dehors : tout n’y est qu’opportunités et différences. Ce décalage, cet infime déplacement obsède la pièce rapportée que je suis devenu… je me sens comme un peintre, à la recherche du bon moment, de la belle couleur. Pourtant, ma palette est propre et seuls mes rêves hallucinent : je n’ai pas encore vraiment écrit.

L’adverbe est mystérieux mais sa névrotique nécessité s’impose ; en partant, mes amis m’ont offert un joli carnet relié, y voyant là un carnet de bord où j’y consignerais, chaque jour que je fais, un ressenti. Mon écriture me définit, m’englobe : voilà pourquoi ce carnet a été l’une des rares choses personnelles à trouver place dans des bagages fonctionnels.

Mais l’absurde vérité est qu’il n’y a pas chaque jour quelque chose à vivre. Quittez un quotidien pour un autre et vous ne laisserez s’ébattre que les nuances : l’inspiration est affaire de portes dérobées, d’un temps volé.

Il m’aura fallu une salutaire discussion avec un ami d’écrits ce matin pour enfin m’emparer dudit carnet. Nous avons parlé liberté, nous avons parlé des choses à dire et de l’instant à exprimer… un simple moment oui, juste confondant, où la sagesse et l’amour d’un proche vous révèlent à vous-même. Cela m’a rappelé que, dans ce monde froid, quiconque a un peu de chaleur poursuit une belle route.

J’irai.

Et qui sait ce que contiendra cet arbre relié, combien de saisons nous consignerons ensemble. Cela fait étrange d’avoir un partenaire, un mille-feuilles en devenir, un tapis où s’ébrouer… les destinations peuvent dès lors se succéder dans le pays diamant : je profiterai du voyage, la main sur la couverture.

« Un matin Montréal, il a commencé à neiger. Le vent soufflait à peine mais suffisait ; sa douce respiration s’écoutant le long des larges avenues. Au-dessus, la masse blanche et grise et nuageuse formait un parmesan dont la râpure semblait ne connaître aucune fin. C’était un doux spectacle, qui se prolongea.

Dans mon corps et le jour déclinants, des reflets couleur sang prirent des quartiers éphémères. La nuit et le froid chantaient alors deux déserts dont je retins le soir et l’ivoire. Les étoiles, elles, neigeaient à en noyer le ciel.

– Rémi

Envolées à vélo

Petits récits d’une semaine sur deux roues, deux jambes, deux mains, entre Toulouse et Marseille, hier et matin.

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17/08 : la peinture et l’aquarelle

La course du soleil luit sur les rails d’un éclat blanc métal. A l’intérieur d’une carlingue intercitéenne, notre communauté se regroupe, se reforme.

Embouti ou à bout, les directions s’oublient pour laisser place à l’itinéraire. Notre vie, à nouveau…

Derrière le sublime de la situation, l’on décèle constellations. Les motifs et les raisons forment en effet tant et tant et tant de teintes qu’elles en colorent les regards. L’on devine, l’on subodore, l’on sait pourquoi, pour qui ces cœurs brillent et vrillent. Qu’ils cherchent un oubli, un repli ou même une victoire, la terre s’offrira ; elle sera çà, là, et même plus que ça… mais, d’ici là, que la sieste nous transporte !

(…)

Nous nous frayons un passage, nous extirpons avec labeur, déterminé : nothing Toulouse. Enfin vélocipédistes, nos premières heures, passée la toux urbaine, laissent présager d’un courant indistinct. Bruits et silences retombent doucement en perles, en feuilles, et tapissent le roman-fleuve…

… la suite à la prochaine écluse !

18/08 : la messe folle des fesses molles

Arrivés entiers et en terrain campé, les maux viennent cependant avec plus d’aisance que leurs homonymes.

Et pour cause : blessures, contusions, saignements, tendons et ligaments… une question se pose alors : serions-nous des bleus ? l’énergie s’évide si promptement, de point de passage en point de passage… Ah ! Pédalage, comme tu nous as menti, comme tu nous as trahi ! Ce n’est pas très sport. Pourtant, les tentes se montent déjà plus vite, les gestes gagnent en technique…

Las ! rien n’y fait : nos fins de journée témoignent d’un splendide épuisement : il étonne, implacable, tout autant qu’il balaie, inéluctable. Mais cet acharnement au cas par cas n’émousse pas l’équipe, équipée d’une somme de gnaque ! elle s’y soustrait par les rires, l’inconséquence, se tourne vers les étoiles quand la lumière s’assombrit ! Oui, étrange cortège, drôle de culte dont nous payons le prix… notre jeunesse âgée et si peu assagie s’agite et peine à troquer de l’énergie !

Mais du coup… route ou déroute ? Qui sait !
Toujours est-il que nous nous y précipitons…

Prière de ne pas nous arrêter : aumône baby !

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19/08 : la distance et le proche

Nos tentes écloses une fois encore et nous voilà tout chose.

La fatigue frotte les yeux et, hélas, estompe par trop souvent les visions et mignons aspects que ce voyage revêt.

Palmipèdes, rongeurs et homologues bicycles composent le longiligne zoo qu’ébouriffent platanes, saules pleureurs et pétales de roseaux. Et toujours le spectre du fleuve, vert et eau, où se noie le soleil…Tapissant le lit d’enluminures, il laisse au trajet mille lectures.

La Carcassonne se profile et ne fait qu’une bouchée de nos guidons malhabiles. Elle monte et descend, enroulant ses fortifications comme un serpent de pierre et finit de nous achever dans ses dénivelés, ses dédales.

Après avoir pédalé, histoire de mieux pédaler, le troisième abri s’établit. Un barbecue, une étincelle d’amitié, et le feu prend naturellement. Chacun y va de sa confession infime au fin fond de la sombre clairière. Il y a pourtant quelque chose d’émouvant à tous s’entrevoir, dans nos fatigues et nos vérités.

Rien ne bouge, rien ne change ;
Une alliance luit,
Et elle n’a rien à envier aux étoiles.

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20/08 : la sueur et les fronts

Notre parcours a franchi suffisamment de kilomètres pour revenir à des climats plus familiers. La pinède nous enjambe dès lors et saupoudre chaudement la route polymorphe.

La destination n’est plus si loin mais il nous faut nous hâter. Quelle distance, quelle étape ? à l’urgence se mêle la langueur et ni l’ombre ni le vent n’essouffleront cette chaleur.

Alors, poussés à bout, nous nous scindons, nous éparpillons, cela rappelle étrangement les fêlures d’un cristal.

Pour chacun, le tour de force est différent et les parades se multiplient. Ecouteurs vissés aux oreilles, force mentales, discussions pour tenir le coup… les morceaux de bravoure se disputent aux désespoirs le long de cette interminable route qui finit par se terminer. Le groupe s’étonne, puis doucement se réunit pour festoyer comme il se doit : avec de la bière et des pizzas.

Dans leurs yeux, de petits exploits crépitent au feu de bois.

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21/08 : la bataille et le butin

Notre convoi, une fois n’est pas coutume, débute sa journée par une grasse matinée. Le campement ressemble à s’y méprendre à un lendemain de festival mais qu’importe : une pause s’impose !

Le trajet, initialement simple – voire court, tourne rapidement au labeur halluciné.

D’itinéraire bis en déviation, une panique s’installe dans le calme, tant la troupe peine. Il reste bien quelques braves, aussitôt conspués. Même le photographe, d’ordinaire objet de toutes les adorations, se voit toiser d’un air méchant par la traîne cycliste. Emotions et sentiments cavalcadent donc, sans vraiment se repérer, jusqu’à à nouveau s’apaiser dans le camping suivant.

Une fois conquise notre touffe d’herbe, le repos passe par une sieste ou une piscine. Quand cette activité devient par trop exigeante, l’heure est aux tarots ou bien au tennis de table. Cependant, le gros morceau de la journée reste bel et bien le restaurant gastronomique !

Un tel raffinement embarrasserait le commun des mortels, surtout si ces derniers avaient pédalé dans la choucroute cinq jours durant… que nenni ! Aux saveurs s’enrobent le goût salé des conversations avant que lentement nous ne sombrions sur le chemin du retour, dans le dernier sommeil étoilé.

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22/08 : l’arrivée et les fins

L’élan final, un brin essoufflé, brave une dernière fois les cahots ! Le mutisme semble s’emparer du groupe tandis qu’un comparse se croute piteusement. Sans de plus amples encombres, Béziers se montre et s’arpente. Nous n’avons beau y être que de passage, l’on y perçoit une indicible tristesse, que reprennent en écho les nuages tout là-haut.

Dernier repas, dernière sieste… ce n’est pourtant pas en condamnés que nous regagnons la gare biterroise. Les gens sourient, soupirent, tâchent de se souvenir : pour plus tard, « histoire de ». Cela leur appartient, les accompagnera, au loin ou pour quelques pas.

En suspension, c’est donc la douceur et la retenue qui guettent le TER en approche puis en partance ; déjà les wagons nous séparent… s’ensuit le trajet, celui pour lequel nous ne sommes plus vraiment aux commandes, celui nous ramenant anonymes à nos vies éponymes.

Le là-bas devient vite ici, et vient le temps de se Phocée compagnie. Cela a lieu dans une tendre précipitation ; l’embarras et l’embrassade parcourent l’assistance, avant de les relâcher.

On peut se demander ce que représentaient ces jours… leur propriété et leur valeur, nomades, trouvent réponde dans le cœur et l’été de chacun d’entre nous.

– Rémi

Montée des eaux

Corps,

L’eau est une ancre qui coule dans mon cœur. Ce vieux papier l’absorbe et s’en enivre tout en regardant les oiseaux qui chantent la fin des nuages. C’est leur timbre que j’ai apposé à cette lettre ; j’y ai vu une belle correspondance.

Peut-être devrais-je t’écrire plus souvent, au lieu d’attendre les filaments argent. Dès que la plume effleure les coups et les erreurs d’une vie sans autre valeur que celle, errante, que je veux bien lui prêter, mes mots cessent. A croire que je n’ai pas le souffle de ton inspiration… Ce n’est pas grave : toi et moi savons que le futur viendra. Alors, dans ton ombre dense, je danserais.

J’ai tant espéré qu’ici, aux confins, la pluie s’abandonnerait enfin. Chaque matin, je regardais le ciel comme un miroir sans tain, dans l’attente d’un éclaboussement, d’une crue aveugle et incrédule. Et, avant que la goutte s’installe, l’orage était là. Sa musique qui teinte et tapote les flaques, crépitant les sèches chaleurs de l’été, a déferlé.

Dans cette catastrophe grise-ambrée et ces zébrures d’or pur, tout se bousculait : le silence, l’accalmie, et puis la paix. Le monde se fissurait enfin, et il avait des yeux de cristal. Parmi les bris et les roulements, je retrouvais ma place de tempête parmi les tempêtes. A croire que l’harmonie a des niches singulières, que ma chienne de vie ne cessera jamais de chercher.

L’orage a continué à saccager l’aube, avant l’éclaircie finale. La terre a pleuré un jour durant, mais un jour seulement : demain finit toujours par devenir hier, au grand dam des âmes guerrières.

Je t’embrasse, dans une dernière nage contre le temps.

– Rémi

Notre paire

Ce matin, je suis parti très tôt courir, seul, jusqu’à la plage ; le ciel était gribouillis, palette. Une fois arrivé, je me suis baigné ; il n’y avait que moi dans la mer.

Je me suis habitué à cette solitude, à ce détachement… plus rien ne me retient, pas même l’Autre.

En sortant de l’eau, une vague alarme a inondé mon cœur. Effondré à même le sable, je me suis mis à pleurer sur l’écru.

Le sable est chaud, presque maternel. Je reste ainsi un moment ; c’est aussi ça l’existence.

De retour en position tailleur, les yeux encore voilés, je continue de songer à mon père. J’écume nos vies et les marées qui se sont succédées.

Éreinté qu’il était par ses faiblesses et les malheurs, il a renoncé. Il était las, déjà si absent. Comme le silence s’ennuie du bruit, il est parti. J’aurais aimé qu’il comprenne, qu’il voit à quel point le monde est grand et beau et comment nous nous en emparons avec nos petites âmes. J’aurais aimé qu’il délaisse la tristesse et que nous apprenions ensemble ; de nos expériences, de nos pairs. 

Je raconte souvent à qui veut l’entendre que c’est lui qui m’a donné envie d’écrire, après l’avoir vu composer un court poème. Je ne saurais vous dire s’il avait prédit que je devienne rédacteur, mais le doute est agréable. Lui qui m’a transmis sa passion des mots, son esprit, me laissant l’écrit en legs… Il est à mes côtés, pour toujours. Il est le petit vent qui souffle les jours trop chauds, il est le nuage toussotant des jours bleuis, la buée humide où je pose toujours ma main… Oui, il sera tout ceci, à défaut d’autre chose ; je n’oublie pas les souffrances qui giflent les plages de nos souvenirs, ces tempêtes nous traverseront à jamais. 

Je suis revenu chez moi en marchant : la paix ne fait guère de bruit.

Mon père m’a appris que le monde est injuste et qu’il faut savoir composer avec lui : ses tons et ses notes. J’aime à croire que ces pleurs étaient mélodie, des échos viscéraux, en attendant le prochain morceau…Peut-être un jour reviendra-t-il ? Je ne l’attends pas. Pourtant, ce jour-là, nous serons amis sur cette même plage, et j’en ferais des mots.

– Rémi